Florence : « mon travail de psychologue, au sein de l’association » »

Florence avec sa fille Ombeline

Florence Guédon, 33 ans, a commencé depuis déjà deux mois son activité de psychologue dans le cadre de sa mission de volontaire.  Après une petite semaine de découverte, elle s’est très vite mise dans le bain et intégrée dans les deux équipes avec lesquelles elle travaille. Elle nous raconte aujourd’hui comment elle aide les patients de Vivre dans l’Espérance. Un récit fort et dur, comme la réalité du sida au Togo.
Je passe beaucoup de temps à l’association Vivre dans l’espérance. L’équipe se compose d’une quinzaine de personnes : infirmiers, pharmaciens, médiateurs, animateurs, psychologues, administratifs…, qui essaient d’accompagner au mieux les personnes vivant avec le VIH/Sida et leur entourage. On m’a confié plus particulièrement le suivi des enfants et des jeunes, notamment ceux des deux orphelinats Sainte-Monique et Saint-Augustin.
Je réalise donc beaucoup d’entretiens et de suivis psychologiques, parfois à l’orphelinat, parfois au centre Maguy (où ont lieu les consultations médicales). Quelquefois, j’ai un bureau, d’autres fois, je m’assois sur une pierre sous un arbre avec l’enfant. Et ça marche aussi bien ! Souvent, j’accompagne des enfants qui ont des situations familiales complexes. Certains sont réellement orphelins, mais la plupart ont un parent malade ou en incapacité de les prendre en charge.

L’attachement parent-enfant n’est pas du tout le même que celui que j’ai connu jusqu’à présent. Ici, les femmes mettent au monde et souvent nourrissent (allaitement). Mais ensuite, quand elles n’ont pas les moyens (matériels ou psychiques) de les élever, on cherche quelqu’un dans l’entourage qui pourra s’en occuper. C’est comme ça que les oncles qui ont le mieux réussi se retrouvent avec les enfants de leurs frères et sœurs plus pauvres. La femme dont le mari n’a pas encore pu payer la dot doit retourner dans sa famille, en laissant son enfant à son mari ou à sa belle-famille. Il n’est donc pas rare que les enfants soient séparés de leurs parents et changent de lieu de vie et d’entourage, parfois plusieurs fois, et parfois du jour au lendemain. Cela se passe souvent sans explication, et les enfants trainent ça, avec leurs questions et leur culpabilité. A cela s’ajoute la variable sida, pour leur(s) parent(s) et/ou pour eux. Ces enfants là ne trouvent pas toujours quelqu’un qui veuille bien les accepter, ou alors on les rejette.
La semaine dernière, j’ai fait pour la première fois l’annonce du diagnostic du sida à une petite fille de 12 ans. Elle va devoir gérer seule son traitement, comme elle l’a fait pour le dépistage (où on l’avait envoyée sans qu’elle sache ce qui l’attendait) et pour l’annonce du diagnostic. Sa mère est morte, son père est parti. Elle vit avec sa grand-mère, qui au départ ne voulait pas la garder quand elle a su sa maladie et sa tante qui la maltraitait déjà avant. Nous allons l’accompagner, et verrons s’il est mieux de la faire entrer à l’orphelinat. Pour le moment, elle ne veut pas laisser sa grand-mère.

L’autre jour, c’est une petite fille de 8 ans, malnutrie et en haillons, que nous avons récupérée à la gendarmerie. Sa maman l’avait mise dehors avec ses quelques affaires. Après plusieurs rendez-vous, nous nous sommes rendus compte que la maman n’avait pas les moyens de gérer ses deux enfants, mais qu’elle cachait sa précarité. Nous avons commencé par donner de la nourriture, des vêtements et des produits d’hygiène, et continuons d’accompagner la famille.

La sexualité a aussi une place différente ici. On n’en parle pas en famille, ni avec ses proches. Mais on apprend petit à petit, qu’ici « fidélité » signifie « rester avec son mari ou sa /ses femme(s) », mais que ça n’empêche pas d’avoir des relations sexuelles cachées avec d’autres partenaires. Mais, si c’est un sujet tabou dans la vie courante, en entretien on pose facilement des questions concernant la sexualité. C’est comme ça que j’ai découvert que la jeune fille de 16 ans que j’avais devant moi, qui devait redoubler son CM2, avait des relations sexuelles avec de nombreux hommes depuis au moins deux ans. Plus très à sa place en CM2 (avec le fort risque, m’a avoué mon collègue, que ce soient ses professeurs qui couchent avec elle), même si elle n’est sûrement pas la seule dans son cas ! Nous lui avons proposé un apprentissage en couture, à l’atelier géré par l’association. Et je vais essayer de l’accompagner pour qu’elle réussisse à se centrer sur son apprentissage, et apprenne à se respecter.

Voilà le genre d’accompagnements que je suis amenée à faire.

Florence prête à partir dans les villages

Parfois, je pars à moto ou en voiture, avec un ou plusieurs collègues, pour des visites à domicile, accompagnements de fin de vie, recherche de famille… Nous allons aussi faire des sensibilisations VIH dans les villages. Enfin, pour le moment je n’ai pas vraiment vu. Nous sommes partis à 5 en 4×4 dans un village un peu éloigné (Dampiong). Il avait plu la veille, et nous nous sommes embourbés : descente du véhicule, pieds nus dans la boue jusqu’aux chevilles pour essayer de pousser. Nous avions l’impression d’être seuls, mais rapidement des hommes sont arrivés des champs, et nous ont aidés. Nous sommes arrivés tardivement au lieu de RDV, pour nous rendre compte que rien n’avait été organisé sur place, et que personne n’était là. D’autres fois, ce sont des ponts cassés qui nous empêchent d’aller plus loin… !

Dernièrement, je suis allée en minibus avec une partie de l’équipe à Mango

La distribution de fournitures

(1h30 de route de Dapaong). Une fois par mois, il y a consultations délocalisées dans certains villages. Sur une matinée, nous avons reçu en consultations une cinquantaine de patients VIH et leur avons donné leur traitement. Nous avons aussi distribué à environ 70 enfants des fournitures scolaires, ainsi que des vêtements, et les avons aidés à écrire leurs lettres pour ceux qui sont parrainés. C’était très intéressant et très intense !

Sinon, tous les jeudis matins, je participe au groupe de parole avec les adultes. Une soixantaine de femmes et quelques hommes viennent pour un enseignement et des discutions sur des thèmes en lien avec le sida : traitement, alcool, sexualité, testament, scolarité… Un temps de prière et un repas sont ensuite partagés. Je suis étonnée par la participation et l’investissement de certains malades. C’est très riche. Une traduction Français-Moba se met en place, pour moi et parfois quelques personnes qui viennent d’ailleurs. Les femmes sont heureuses de voir que je fais des efforts pour apprendre quelques mots de leur langue.

J’ai aussi eu la chance de participer à la cession de rentrée des étudiants de l’association. 22 jeunes se sont retrouvés avec nous 3 jours, autour du thème de la fraternité selon St Augustin. Un père, 2 frères, Sr Marie-Stella et moi étions là pour l’animation. Il y a eu des apports sur l’amitié, en général, selon saint Augustin, dans la Bible, selon la tradition africaine, et des échanges autour de l’amitié, l’amour, la sexualité… Les journées étaient longues, avec des moments individuels, et d’autres festifs. Les voilà armés pour partir chacun de leur côté affronter la vie étudiante ! Ce genre de cessions est proposé par groupes d’âges, aux étudiants, et aux enfants malades, sur des thèmes différents à chaque fois.

Voilà mes différentes activités à l’association vivre dans l’espérance, inclues dans une organisation de semaine, où nous débutons tous les matins à 7h15 par un temps d’équipe avec prière pour confier nos activités et informations et partage. Et le vendredi après-midi, nous avons grand staff, pour une meilleure coordination.

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4 réponses à Florence : « mon travail de psychologue, au sein de l’association » »

  1. Roland dit :

    c’est un témoignage très passionnant ! et je comprends l’association vivre dans l’espérance a besoin encore d’assez de soutient. merci surtout à toi Sophie pour avoir pensé à elle !

  2. marie stella dit :

    Bravo Florence ma fille comme j’aime l’appeler pour ton dévouement à la cause des enfants et tout ton dynamisme et amour pour chacun en particulier Bisou à toi à mon beau et à mes petits enfants

  3. Yves dit :

    je reviens de Dapaong apres une courte mission. Bouleversantes rencontres avec des gens capables de donner tant sans rien demander en retour. Bravo a Florence et son mari, qui ont tout lâche pour venir passer deux ans dans ce lieu difficile, bravo a Marie Stella pour son enthousiasme communicatif, bravo et merci a toutes les soeurs de la communauté qui abattent un prodigieux travail. Quel exemple pour nous !

  4. kpapile dit :

    Merci Florence, tu es un grand soutien.