Marie Stella en visite chez des « vieux »…

Arrivée de Marie Stella

Voici à nouveau un récit bouleversant, sous la plume de Barbara Bouchet,  jeune psychologue en formation, partie, l’été dernier, travailler quelques mois à Dapaong, auprès de l’association Vivre dans l’Espérance.

«Je vais aller rendre visite à des «vieux» dans un village, tu veux venir?». Stella sourit, elle connaît déjà la réponse…
Au volant de son 4×4, sur la route qui longe les montagnes, au sud de Dapaong, elle me raconte l’histoire de ces aînés à qui elle rend visite régulièrement. Elle en parle avec beaucoup de tendresse, et je la sens très attachée à eux. Il y a une raison particulière à cela: elle a accompagné leurs enfants malades. Leurs familles ont été entièrement décimées par le sida; tous les enfants sont décédés, les uns après les autres.
Et dans le village, depuis qu’on sait que le sida a frappé leurs maisons, plus personne ne leur rend visite, plus personne ne les aide. C’est pourquoi cet homme et ces deux femmes ont décidé, pour survivre, de mettre en commun tout ce qu’ils avaient et d’habiter ensemble.

Sous l’arbre avec deux des personnes âgées

Ici au Togo, pas de pension de retraite ni de revenu minimum, comme en France. Pas de sécurité sociale non plus. Le sida fait très peur. On fuit les personnes qu’il frappe, de peur d’être à son tour touché par le mauvais sort. En cela, les campagnes d’information et de lutte contre la stigmatisation qu’organise Stella, sont tout aussi vitales que les traitements médicaux qu’elle dispense.
Aujourd’hui, ils sont âgés et n’ont plus assez de forces pour travailler. Du coup, ils n’ont aucun revenus pour vivre. Atteints de cataracte, tous peu à peu perdent progressivement la vue, et se trouvent, de fait, en situation de grande dépendance, et donc aussi de grande précarité. Si en France l’opération est une routine, ici on ne l’évoque même pas, faute de moyens financiers.
On arrive. Le 4×4 quitte la route pour se garer devant une petite concession traditionnelle très modeste et en mauvais état. Les toitures en paille des cases sont très abîmées: il faudrait les réparer avant l’arrivée imminente des pluies, sinon l’habitation deviendra insalubre. Les portes sont cassées, et nécessitent que quelqu’un reste en permanence sur place… A côté de la concession, un tout petit lopin de terre de quelques mètres carrés a été travaillé récemment. Mais quand on devient aveugles, cultiver et entretenir un jardin potager peut vite devenir très compliqué.
Ils ne baissent pas les bras pour autant et continuent d’essayer de trouver des solutions pour subvenir à leurs besoins. Ils se battent. Leur courage me bouleverse, car malheureusement, la sécheresse de ces dernières semaines a complètement brûlé les petites pousses pleines de promesses, et la terre est à présent dure comme de la pierre. La saison des pluies a du retard cette année, et les conséquences sont catastrophiques pour beaucoup de familles. Il faudra replanter pour remplacer les semences desséchées, mais cela signifie acheter de nouveaux plants, et peu ici, dans cette région très pauvre, en ont les moyens. Les problèmes se multiplient…

Marie Stella et l’une des vieilles dames

Quand nous arrivons, c’est la joie et le soulagement! La vieille dame qui nous accueille  lève les mains au ciel en reconnaissant Stella. Accrochée à son bras qu’elle ne lâche plus, elle nous raconte qu’ils n’avaient plus rien à manger depuis la veille. Après avoir vendu tout ce qu’il était possible de vendre, et été au bout de l’unique microcrédit qui leur a été accordé (l’équivalent de quelques centimes pour nous), ils ne pouvaient plus rien acheter du tout.

Après un état des lieux des travaux urgents à faire, nous partons nous asseoir devant la maison, à l’ombre du manguier, juste à côté d’une tombe, délimitée par un simple rectangle de petites pierres blanches. Dans la chaleur suffocante de la fin de matinée, la brise légère qui fait frémir les branches est un vrai délice… L’heure n’est pas à la tristesse, mais à la joie des retrouvailles, et les rires fusent. Très vite, les deux autres vieux nous rejoignent. Ils ont appris par le bouche à oreille, que le 4×4 de Stella avait été aperçu dans le village, et ils savaient que si elle était là, elle viendrait les voir.
L’homme explique à Stella en riant qu’il avait senti qu’elle viendrait aujourd’hui, mais que si cela n’avait pas été le cas, ils se seraient mis tous en route pour aller la voir!
Derrière l’humilité et l’humour plein de pudeur qu’ils affichent, je réalise la gravité de leur situation. Plus rien à manger… je ne peux même pas imaginer ce que c’est, moi qui n’ai jamais connu la faim.

Marie Stella organise l’avenir de ces trois personnes pour qu’elles ne manquent de rien.

Stella «savait»; elle a tout prévu et sort de l’arrière du 4×4 de quoi leur permettre de préparer à manger (farine…). Cela me touche et me réjouit autant qu’eux je crois! L’amour est contagieux; à côtoyer le Sacré-Coeur, on change profondément! Elle leur présente quelqu’un de l’association qui va s’occuper de leur suivi.

Ici, vie et mort se côtoient en permanence. La vie est fragile, on le sait; et sans se résigner, on l’accepte, on l’intègre, on l’accueille. Dans la semaine, un homme est mort des suites d’une simple jambe cassée, probablement à cause d’une embolie non soignée. Il était jeune et laisse toute une famille derrière lui. Le moindre handicap physique compromet beaucoup les chances de survie, car la vie est difficile.
Malgré l’adversité  et les difficultés qu’ils endurent, je ne sens ni colère ni amertume chez ces trois-là. Aucun d’eux ne se plaint de ce qu’il vit. Je crois que le lien que Stella a tissé avec eux dans les moments les plus difficiles, leur permet de rester dans la confiance, le coeur ouvert à l’autre, à la vie. Et je trouve cela complètement incroyable. Une fois de plus, c’est une sacrée leçon d’espérance qui m’est donnée!
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5 réponses à Marie Stella en visite chez des « vieux »…

  1. sema dit :

    Merci à BARBARA qui a su voir la réalité de la vie
    dans un monde où l’espoir et la persévérance font vivre
    au quotidien. Elle retrace une des phases de la réalité du VIH
    qui pour moi est ignoré par certains partenaires: le devenir des personnes âgées
    qui ont tout perdu à cause de la pandémie.

  2. claude dit :

    en effet il ne faut pas oublier tous ces détails…. belle leçon .
    n’ oublions pas .

  3. kpapile dit :

    C’est très pénible et touchant. Les bras valides sont partis, voila la réalité en face! Il faut une intervention pluridimensionnelle.

  4. marie stella dit :

    Bravo Barbara tu continues par me faire découvrir l’Asso et toutes les personnes que nous aimons ces vieux musulmans je les aime beaucoup merci merci nque Dieu te bénisseet te garde dans sa paix que ta vie demeure partage

  5. Bourin Benoît dit :

    Merci Barbara de me faire découvrir un aspect du travail d’accompagnement de l’association . En plus, ton récit si bien écrit, nous retransmet bien la joie et l’amour qui
    traversent toutes ces rencontres.
    Vivement le prochain récit.