Bonne nouvelle pour les bébés de mamans séropositives

CROI-2013La 20 e conférence internationale sur les rétrovirus et les infections opportunistes, la CROI 2013, vient de s’achever à Atlanta, aux Etats-Unis. Parmi les bonnes nouvelles (*) : les résultats très positifs d’un essai, coordonné par des chercheurs français, concernant la manière de gérer l’allaitement maternel des bébés nés de mères porteuses du VIH.

Même dans les pays du Sud, où l’allaitement maternel ne peut être évité, il est désormais possible d’empêcher presque totalement la transmission du virus au nouveau-né. C’est l’information forte

Pr Philippe van de Perre (photo D. R.)

qu’a annoncée, lors de la CROI, le Professeur Philippe Van de Perre, de l’université de Montpellier et de l’Inserm. « L’essai ne sera terminé qu’à l’été prochain. Mais nous avons un an de recul sur 790 enfants, soit plus de la moitié de la cohorte que nous suivons (1300 bébés). Or, les résultats sont si positifs que nous pouvons déjà les divulguer ! » s’est réjoui ce médecin qui travaille aussi à l’université de Ouagadougou, au Burkina Faso. Il mène cet essai en collaboration avec quatre pays africains – Ouganda, Afrique du Sud, Zambie et Burkina-Faso – sous la responsabilité de l’Agence française de recherches sur le sida (Anrs) : grâce à des tests génétiques réalisés à partir de quelques gouttes de sang sur papier buvard, passés dans une machine de laboratoire (technique dite de la PCR), les médecins peuvent désormais savoir dans les heures ou jours qui suivent sa naissance, si un enfant a été infecté durant la grossesse ou l’accouchement.
Dans le cadre de cet essai, les chercheurs ont donc exclu les enfants séropositifs qui ont été mis directement sous traitements anti-rétroviraux. Ils ont en revanche « recruté », dans les sept jours suivant leur naissance, 1 300 enfants que le test donnait pour séro-négatifs à la naissance. Résidant dans ces quatre pays africains, les bébés ont été allaités par leur maman durant un an. « On sait depuis longtemps que le lait maternel, administré durant un an, est la meilleure protection contre les maladies infantiles, la malnutrition des petits. En outre, dans les pays du sud ; les mauvaises conditions d’hygiène transforment les biberons en nids à microbes », explique le Pr Philippe Van de Perre.

Jeune maman allaitant son bébé (D. R.)

Le problème est que les mamans séropositives risquent de transmettre le virus à leur enfant durant cette période. C’est l’allaitement maternel qui explique que 28% des bébés nés de mères séropositives sont finalement contaminés contre moins de 1% dans les pays où donner le biberon ne pose pas de problème. Depuis des années, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) tente d’élaborer des stratégies pour sortir de ce dilemme : comment faire pour que les jeunes enfants ne meurent ni du VIH, ni d’infections infantiles ? L’OMS, depuis deux ans, préconise surtout de traiter les mamans ou alors les enfants mais avec une molécule, la névirapine qui peut entraîner des résistances à toute une classe de médicaments. En outre ce traitement n’a pas été clairement évalué sur toute la période.

Les 1300 enfants inclus dans l’essai ont été allaités pendant 50 semaines, soit la période recommandée pour une bonne efficacité de cette protection naturelle. Pendant ce temps, ils ont reçu, pour moitié, une molécule appelée lamivudine, pour l’autre moitié une combinaison lopinavir-ritonavir. Ces deux traitements causant moins de résistance que la névirapine et coûtant très peu chers (de l’ordre de 3€ par mois alors que par comparaison, une trithérapie d’adulte coûte au minimum 100€ par mois).

Les premiers résultats disponibles montrent un taux d’infection de seulement 1,1% à 12 mois, « soit le plus bas jamais observé en période d’allaitement qui se rapproche des taux obtenus dans les pays occidentaux sans allaitement » insiste le Pr Van de Perre. En outre, la mortalité infantile de ces enfants a baissé à 3% démontrant ainsi l’intérêt de la protection apportée par un long allaitement – elle se situe entre 3,8% et 8% dans ces quatre pays africains en moyenne.

« Notre essai démontre clairement qu’il est plus intéressant de traiter les nourrissons que les mères et avec une autre molécule que celle proposée actuellement » conclut Jean-François Delfraissy, directhepatite7_0eur de l’Agence nationale de recherches sur le sida, qui va alerter l’OMS pour tenter de faire modifier ses recommandations dans le sens de l’essai. On ne sait pas encore guérir le sida ni éviter toutes les transmissions. Mais il est à portée de main d’éviter à tous les enfants d’attraper le virus durant leur première année de vie.
Sophie Laurant
(*) Lire les compte-rendus résumés en français sur le site du Sidaction.
Lire aussi « Sida : chronologie d’une pandémie« .

 

 

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