« Des enfants beaux et épanouis »

Dernier jeu à la mode : des enfants de VIE promenent un des petits dans une bassine, pour son plus grand ravissement

Dernier jeu à la mode : des enfants de VIE promènent l’un des petits dans une bassine, pour son plus grand ravissement! (photo Mireille Dumon.)

Mireille Dumon, présidente de l’association Maminou, nous raconte son séjour à Dapaong, du 20 février au 3 mars, en même temps qu’Anne Ponce, directrice de la rédaction de Pèlerin et qu’Hélène Durand, présidente de l’association Yendouboame. Les « amis français » se retrouvaient à l’occasion de l’Assemblée Générale de Vivre dans l’Espérance.
Voici le récit très complet que nous a adressé Mireille, concernant ce séjour, partagé, fort riche.Au mois de février dernier, je me suis rendue à Dapaong en compagnie de mon amie Hélène, présidente de l’association Yendouboame, pour assister à l’assemblée générale de l’association Vivre dans l’Espérance ou «VIE», que nous accompagnons et soutenons.
Pour mieux partager avec vous, la réalité que j’y ai vécue, je tenais à vous dire mes impressions et émotions.
Si, au départ, nous avions un peu hésité à nous déplacer, non seulement nous ne le regrettons pas, mais nous sommes encore aujourd’hui persuadées qu’il fallait le faire. Notre présence était indispensable pour le soutien et le réconfort moral de nos amis et partenaires au Togo. Nous avons été reçues à Dapaong dans la joie.
Ce séjour a été éprouvant pour moi, tant sur le plan physique, que sur le plan émotionnel. Il a fait des températures excessives pour la saison entre 40° C. et 45° C., avec de nombreuses coupures d’eau et d’électricité.
J’ai constaté que la population est toujours en grande difficulté et la situation ne nous parait pas avoir évolué depuis 2004. La «crise mondiale», au Togo aussi, a des effets dévastateurs.
Cette population des savanes, livrée à elle-même, est cependant dynamique et cherche activement des solutions pour améliorer son quotidien et, pour certains, assurer leur survie. C’est la période de sècheresse, et l’aspect de la terre nue et poussiéreuse jonchée de sacs plastiques noirs accentue l’impression de grande pauvreté.
S’il est vrai qu’au sein de l’association VIE, j’ai  tout de suite été plongée au cœur de la souffrance, il faut que je vous dise aussi combien nos actions sont efficaces et satisfaisantes, combien les enfants pris en charge dans les maisons familiales, sont beaux, épanouis et nous donnent les preuves de leur affection et de leur reconnaissance.
L’association Vivre dans l’Espérance est vraiment un oasis au milieu  de tant de misère, de difficultés et de souffrances.

Bernadette

Les deux Bernadette se découvrent… (photo Mireille Dumon)

Rosalie

Rosalie adopte la petite Grâce Teresa. (Photo Mireille Dumon).

Accueil de deux nourrissons :
Bernadette et Grâce-Teresa
Pendant mon séjour sœur Marie Stella a recueilli deux bébés : leurs mamans venaient de mourir du sida. Bernadette, une petite fille de trois mois, a été confiée a une maman d’accueil qui a cinquante ans et se prénomme aussi Bernadette, hasard dont elle est très heureuse.
Grâce Teresa, un bébé de deux semaines a été confiée à Rosalie, sa maman d’accueil. Parmi les personnes en visite du Pèlerin, deux marraines se sont proposées pour soutenir ces deux bébés.
Ces deux petites filles sont venues rejoindre le groupe de très jeunes enfants confiés à des mamans victimes du VIH/sida. Ces mamans, veuves et contaminées, ont aussi en charge leurs propres enfants. Elles se retrouvent une fois par semaine au Centre Maguy et sont suivies par Sœur Marie Stella et son équipe.

Lambert

Lambert, tout sourire
(photo Mireille Dumon)

Visite à Lambert,  aux cultures maraîchères….
et à l’élevage
A notre arrivée Lambert nous accueille avec un large sourire. Il me présente aussitôt les plans de la future porcherie dont les travaux de construction ont déjà commencé : des ouvriers travaillent à la fabrication de briques pour la future construction.
Le projet « élevage » n’a pas trainé depuis le premier virement de notre association en décembre 2012.
Sur le terrain, clôturé grâce au financement de la congrégation des religieuses en France,  j’aperçois une dizaine de poules, des coqs et des poussins. Dans le poulailler de fortune, fabriqué par Lambert en attendant une vraie construction, je découvre  un nid de paille plein d’œufs prêts à être couvés…
J’ai été très  impressionnée par le travail effectué par Lambert, responsable de la ferme et du terrain agricole, par son dynamisme ses compétences et sa réussite. Lambert souhaite aussi reprendre la culture des pommes de terre pour assurer la jonction alimentaire entre la saison sèche et la saison humide. Il a aussi des compétences en Agro-écologie et Agro-foresterie.
La petite habitation de Lambert, décorée par une fresque, a été construite l’été dernier, par les plus grands de l’orphelinat et un groupe de jeunes venus de France : les apprentis d’Auteuil. Lambert y est maintenant installé avec deux jeunes orphelins dont il assure aussi la formation.
Sur le terrain de bas fond qui mesure un hectare, les cultures maraichères, arrosées à l’arrosoir, sont magnifiques et variées : plants de tomates, oignons, betteraves, courgettes, gombos, radis, épinards … et encore plein de projets… Les semences offertes par l’association Kokopelli que les Maminous ont fournies y ont contribué.
Les enfants de l’orphelinat affirment à présent que la salade est leur plat préféré !
Six bassins de pisciculture existaient déjà sur le terrain et ne demandent qu’à être remis en eau, ce qui sera possible grâce à la proximité du barrage.

Inauguration du premier étage de la maison Sainte Monique
Pendant mon court séjour, j’ai eu le plaisir de rencontrer l’équipe très sympathique de l’hebdomadaire Pèlerin, venue inaugurer le premier étage de la maison familiale Sainte-Monique. La construction de l’étage a été financée par les lecteurs du journal qui ont aussi pris en charge 170 parrainages d’enfants orphelins placés dans des familles d’accueil.
L’association VIE, en plus des deux orphelinats prend désormais en charge 1400 enfants (contre 1000 en 2008) placés dans des familles d’accueil, sur toute la région des savanes. Mais, ces familles sont souvent elles-mêmes en situation précaire.
L’inauguration du premier étage de la maison familiale a donné lieu à toute une journée de fête et de réjouissances avec messe, procession dansée, repas, chants et danses traditionnelles ou contemporaines. Les enfants épanouis et heureux, nous ont offert ce spectacle magnifique. Nous avons dansé avec eux, et apprécié à sa juste valeur l’énorme travail d’organisation et de préparation.
L’équipe du Pèlerin était venue avec une éditrice du groupe Bayard :  leur objectif est d’éditer un livre sur la vie et l’œuvre de Sœur Marie Stella.

Rita

Maman Rita et l’un des petits dans son uniforme du jardin d’enfants. (Photo Mireille Dumon).

Rencontre avec les enfants
45 garçons orphelins du sida sont accueillis, dans la maison familiale Saint-Augustin avec Maman Jacqueline.
La maison Sainte-Monique accueille 70 enfants, filles et très jeunes garçons. Il y a là de nombreux tout petits dont plusieurs sont victimes du VIH/sida. Maman Rita, la responsable, ne manque pas de travail. C’est pour elle une très lourde charge. Pour cette raison, sœur Marie Stella sollicite des mamans contaminées pour l’accueil des nourrissons et assure le suivi des uns et des autres.
A Sainte-Monique les plus grandes filles jouent le rôle de petites mamans; elles prennent aussi en charge la cuisine. Il règne dans cette maison un véritable esprit de famille. Elisabeth, une orpheline, à présent couturière mais sans travail, est revenue. Employée par l’association Vie, elle tient la boutique et seconde Maman Rita.
La semaine avant mon arrivée, cinq enfants étaient malades. Maman Rita les avait regroupés dans une pièce et passait toutes ses nuits au milieu d’eux. Quelques petits geignaient encore beaucoup pendant les réjouissances.
En ce moment, des adolescentes contaminées à leur naissance, par le VIH/sida, ont une santé gravement défaillante, ce qui nous inquiète beaucoup. Parmi elles, Marie, souffre également de tuberculose. Elle a seize ans, et malgré la fatigue, la fièvre, sa maigreur, elle nous a offert son plus beau sourire.

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Les jeunes de VIE, lycéens, étudiants, apprentis… (photo Mireille Dumon)

Rencontre avec les étudiants et universitaires
Un groupe d’étudiants, filles et garçons, pour la première fois ont participé à l’assemblée générale de l’association VIE, et s’y sont impliqués avec beaucoup de sérieux. Ils ont tenu à nous rencontrer pour parler de leur conception de l’avenir, de leurs projets, de leurs choix, de leurs rêves aussi ou de leurs ambitions.
J’ai constaté de leur part une grande maturité, leur conscience de la responsabilité, leur désir de pouvoir rendre à l’association ce qu’elle leur a donné, tout en créant leur propre vie. Ils sont très fiers de leur appartenance à cette association et la revendiquent. Et ça c’est une sacrée réussite !

Rencontre avec les adultes malades du sida
Sous le manguier du Centre Maguy, les échanges avec ces personnes, hommes et femmes, sont toujours aussi émouvants. Les mamans d’accueil des nourrissons ou des tout-petits sont là, comme tous les jeudis. Elles font partie du groupe de paroles où elles peuvent exprimer leurs difficultés.
Hélène les informe sur les dernières découvertes et recherches médicales et leur donne un peu d’espoir.

Rencontre avec des personnes âgées
et réhabilitation de leurs cases

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Les cases vont être réparées, grâce à l’association Maminou. (photo Mireille Dumon)Soeur Marie Stella et l’as

Soeur Marie Stella et l’association VIE viennent aussi en aide à des personnes âgées à qui nous avons ensemble rendu visite. Ces deux femmes et cet homme, dont l’amie Barbara nous avait déjà parlé sur ce blog, ont entre 70 et 80 ans, ce qui est rare par rapport à l’espérance de vie ici (cinquante-six ans en moyenne). Tous leurs enfants sont morts contaminés. C’est sœur Marie Stella qui a accompagné leur dernier fils disparu il y a cinq ans.

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Ces personnes âgées souffrent de la faim et ne peuvent plus cultiver facilement leur champ. (photo Mireille Dumon)

Ces personnes se retrouvent aujourd’hui sans famille, sans ressources, et sans habitation car leurs cases sont aujourd’hui en ruines. Cette rencontre m’a beaucoup émue, et même bouleversée.
A notre arrivée, ces gens très âgées souffrent de la faim et la chaleur est accablante. L’une des femmes, assise parterre, ne peut pas se lever. Stella me dit que ce n’est vraiment pas dans ses habitudes ! Nous nous rendons immédiatement au marché de Korbongou pour acheter un plat composé de riz et de pâtes en sauce tomate, prêt à consommer.
Par la suite, Stella les réconforte par des gestes tendres, des mots malicieux et apaisants leur transmettant un peu, semble-t-il, de son incroyable énergie contagieuse.
Nous leur laissons une petite provision de nourriture de base que Stella avait prévue et apportée, comme elle le fait tous les quinze jours…
Mais encore leur faudra-t-il cultiver un carré de terre. Et tout faire sans aide, car les gens du village par peur de la contamination les ont abandonnés. Cependant une femme compatissante a accepté de puiser de l’eau pour eux : le puits se trouve à cinq kilomètres !
Une cataracte avancée les affecte tous les trois et rend toute chose d’autant plus difficile. Grâce aux financements Maminou,  des travaux de réhabilitation de leurs cases viennent d’être entrepris et j’ai pu constater devant la concession, des tas de briques fabriquées sur place pour la reconstruction des murs de l’habitation principale. De grandes gerbes de pailles, appuyées contre le mur d’une case, allaient servir à la réfection des toitures dévorées par les termites.
Ces personnes, dans un état de dénuement extrême, restent pourtant dignes, sereines et confiantes. Sœur Marie-Stella fera tout ce qu’elle peut, ils le savent bien. Actuellement Stella et moi même nous cherchons un moyen de leur assurer en plus d’un abri, un peu de sécurité alimentaire, de bien être et de réconfort.
Enrichie de ces partages et forte de ces moments vécus, je fais miennes ces phrases écrites par Thomas Merton, moine trappiste américain : « Espérer, c’est risquer d’être déçu. Décidez-vous donc à courir ce risque. Ne soyez pas de ceux que la peur d’un échec empêche d’agir. »
J’espère donc avec vous et surtout grâce à vous, pouvoir poursuivre toutes ces actions.
Ce voyage si intense et si riche, je me propose de vous le faire un peu plus et un peu mieux partager au moment de notre Assemblée Générale.
Mireille Dumon

Assemblée Générale Maminou
samedi 1er Juin 2013
à Sommières (30)
Contact : association.maminou@free.fr
04 66 35 28 87

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5 réponses à « Des enfants beaux et épanouis »

  1. Sophie dit :

    Merci Danielle pour votre message,
    C’est vrai que visiter les enfants et adultes de VIE est une expérience extraordinaire et chaleureuse. Mais on ne peut pas y aller sans projet car sinon, nous sommes une charge pour eux plutôt qu’une aide. Néanmoins, vous pouvez vous rendre utile de plusieurs manières :
    1) En parrainant un enfant, ce qui est un engagement plus que financier. Car il est important de lui écrire, de lui envoyer des photos et des petits livres ou jeux (à partager avec les autres et pas trop fragiles ni sophistiqués). S’il est très jeune, il ne répondra pas souvent car le français n’est pas sa langue maternelle et il faut que l’association s’occupe du courrier ce qui est difficile avec 1 400 enfants à gérer. Mais cela ne doit pas vous rebuter, c’est tout de même un lien affectif certain qui se développe et les enfants savent qu’ils ont des parrains en France qui pensent à eux. C’est important lorsqu’on est orphelin.
    2) Vous pouvez vous rapprocher des deux associations qui soutiennent VIE : Yendouboame ou les Maminou. Elles montent plein de projets dynamiques et concrets et ont bien besoin de bras pour les aider dans leur action. Même depuis la France, vous vous sentirez utile et, qui sait?, votre participation vous amènera peut-être à vous rendre là-bas.
    Et continuez de nous lire et de soutenir ce blog !
    Amicalement
    Sophie Laurant (administratrice du blog)

  2. Sophie dit :

    Message de danielle juszczak
    Envoyé le 26/04/2013 à 12 h 44 min

    trés bel article sur soeur Marie STELLA ? depuis le début , j’aimerai prendre un avion et me rendre utile ds cet orphelinat !!!!n’étant que retraitée de la banque postale , pourrais-je être utile ??? pouvez-vous me répondre ????

  3. magerand dit :

    bonjour est il possible d’adopter un enfant ?
    avec mon mari nous avons un agrément pour un enfant de moins de 3 ans.
    en attendant une réponse de votre part nous vous souhaitons bonne continuation
    bénédicte et bruno

    • Sophie dit :

      Bonjour Bénédicte et Bruno,
      La réponse est clairement non. Cette association cherche à éduquer les enfants dans leur pays et souhaite qu’ils deviennent, une fois leurs études achevées, les cadres dont celui-ci a besoin pour sortir du sous-développement. Pour Vivre dans l’Espérance, l’adoption, si généreuse soit-elle dans ses intentions, ne peut être la solution à ce vaste problème social qu’est le sida et l’abandon d’enfants.
      En revanche, ils proposent des parrainages individuels qui permettent de nouer un lien affectif fort et très beau avec les enfants. J’ai vu de mes yeux combien ces relations étaient importantes pour eux et pour les parrains français.
      Merci de votre compréhension.
      Sophie Laurant (administratrice du blog)

  4. marie stella dit :

    Bravo Mireille quel beau témoignage! Que le Seigneur te bénisse pour tout ce que tu fais pour nous, maman chérie, et que tous les adhérents de Maminou en soient remerciés. Merci de valoriser chacun dans son milieu de vie en montrant chacun d’entre eux.
    Bises de « ta fille noire ».