Funérailles nationales pour « Yaya »

cortège1

Les religieuses accompagnant en terre Soeur Marie Jacques (photo D. Guédon)

Fin mars, la semaine sainte a commencé à Dapaong avec une grande épreuve pour la communauté des Soeurs hospitalières : Leur doyenne, Sœur Marie Jacques, surnommée affectueusement « Yaya » -grand-mère en langue locale, le moba-  est décédée, un mois avant de célébrer ses 90 ans.

De santé très fragile depuis quelques temps, Yaya se préparait à rentrer en France définitivement. Elle avait pris cette décision, lucidement pour « être raisonnable » et ne pas devenir une charge pour ses soeurs. Mais son coeur n’y était pas et les religieuses soupçonnent « qu’elle a dû demander la grâce au Seigneur de rester en Afrique comme elle le souhaitait intimement »comme elles l’expliquent dans leur circulaire de Pâques.
Yaya a passé 38 ans de sa vie au service des enfants du Nord Togo et avait souhaité être enterrée au milieu de ses sœurs du dispensaire de Korbongou, à quelques kilomètres de Dapaong où elle avait commencé à travailler en 1975.
Elle est la première religieuse de la congrégation à décéder en Afrique.
Dans leur circulaire, les soeurs hospitalières font remarquer que Yaya s’en est allée alors que « l’arbre blanc » de leur jardin a fleuri, annonçant Pâques. Et elles comparent leur doyenne défunte à un arbre d’Afrique qu’on plante en terre et « qui va porter beaucoup de fruits pour toute la population qu’elle aimait. »
De fait, ses funérailles ont été grandioses, à la hauteur de la popularité de Soeur Marie Jacques.

cortège1

La procession se dirige vers le cimetière. (Photo D. Guédon)

Une cérémonie africaine avec tambour du chef et tambour du vieux. Danses traditionnelles, chants… Nous sommes sortis à midi. Les sœurs, portaient le cercueil de leur « yaya ».
Le cimetière était « noir de monde ». Il avait été nettoyé pour l’occasion. Dès l’annonce du décès, la population qui a pour habitude d’y planter ses arachides a tout arraché et brulé.

Marie Jacques.  Florence Guédon, qui travaille auprès de la communauté, comme psychologue raconte cette cérémonie hors du commun sur son blog. En voici des extraits : « Plusieurs milliers de personnes étaient présentes. Les cérémonies ont commencé le vendredi par une veillée (20h-minuit), suivie de la chapelle ardente le lendemain à partir de 5 h. Les funérailles proprement dites ont commencé à 8h.  » Plusieurs soeurs étaient arrivées de France pour l’accompagner.
« Sœur Marie Jacques a été accueillie à l’église par les membres de la paroisse, tous en uniforme, les baptisés de l’année, habillés de blancs clôturaient la haie d’honneur.
Une cérémonie africaine avec tambour du chef et tambour du vieux. Danses traditionnelles, chants… Nous sommes sortis à midi. Les sœurs, portaient le cercueil de leur « yaya ».
Le cimetière était « noir de monde ». Il avait été nettoyé pour l’occasion. Dès l’annonce du décès, la population qui a pour habitude d’y planter ses arachides a tout arraché et brulé.

cimetiere

Le cimetière de Korbongou, tout juste nettoyé pour l’occasion. (Photo D. Guédon)

Sœur Marie Jacques avait fait remarquer de nombreuses fois, avec humour, que le cimetière était sale et que si elle mourrait au Togo elle serait enterrée au milieu des cacahuètes !
Tous les acteurs de la vie spirituelle et temporelle étaient présents, chrétiens ou non. Les autorités religieuses étaient bien représentées, avec 38 prêtres et 2 évêques, mais aussi les chefs et sous chefs de villages, qui malgré l’enterrement simultané de la mère d’un ministre ont préféré venir à l’enterrement de « la vieille » », comme on appelle les adultes de plus de… quarante ans, en Afrique.
« Un témoignage m’a marqué », raconte David Guédon, mari de Florence, qui est chargé des ressources humaines à l’hôpital pédiatrique Yendubé, tenu par la communauté  Quelqu’un a dit : « Yaya était comme un grand arbre qui nous protégeait du soleil, nous venions la voir pour lui demander conseil quand nous avions des problèmes. Maintenant que l’arbre est déraciné nous allons souffrir et connaitre réellement les brûlures du soleil. »
Autre témoignage : « Son écoute et son ouverture aux autres ont fait avancer la vie humaine et progresser la Foi. Un jour qu’elle s’était arrêtée discuter avec deux femmes d’un village voisin, elles lui demandent comment les sœurs font pour vivre ensemble sans se quereller, alors que pour des coépouses c’est si difficile. Elle leur a répondu que c’était grâce à la prière et la présence de Dieu avec elles. Ces deux femmes sont devenues les premières chrétiennes de leur village ! ».

Cette entrée a été publiée dans La famille Guédon, Le réseau des amis français. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Funérailles nationales pour « Yaya »

  1. Mrtine Toana dit :

    triste nouvelle pour moi, je viens de l’apprendre, Soeur Marie Jacques celle qui m’a soingnee de mon 1er mois de naissance jusqu’a l’age de 3 ans. yaya, repose en paix et que tu portes beaucoup de fruits!