Recherche contre le sida : une année « charnière »

Les découvreurs du virus, en 1983 : les professeurs Luc Montagnier (à gauche), Jean-Claude Chermann et Françoise Barré-Sinoussi. (photo AFP archives)

Les découvreurs du virus, en 1983 : les professeurs Luc Montagnier (à gauche), Jean-Claude Chermann et Françoise Barré-Sinoussi. (photo AFP archives)

30 ans tout juste après la découverte du virus du sida, les spécialistes du monde entier, réunis à l’Institut Pasteur, fin mai 2013, à Paris, estiment que la recherche est « à un moment charnière ». Nulle découverte fracassante, n’a pu être annoncée lors de ce colloque. Néanmoins, il faut se souvenir que jamais aucune maladie au monde n’a été identifiée si vite, ni son traitement – les tri-thérapies _ découvertes aussi rapidement, dès 1996.

Bien sûr, depuis, les populations et, en particulier, les personnes vivant avec le VIH peuvent avoir l’impression d’une stagnation : il n’y a toujours pas de vaccin préventif et personne, pour l’instant ne guérit définitivement de cette maladie. Cependant, lors de ce colloque, un sentiment dominait qu’il s’agit surtout d’une affaire de patience : des centaines de pistes sont explorées dans tous les domaines et certaines sont très prometteuses.:.

visuel-pasteur-Les vaccins préventifs : L’ essai concernant un candidat-vaccin franco-américain, appelé RV 144 , conduit en Thaïlande, a démontré, en 2009, un taux d’immunisation de 31%. des 16 000 personnes concernées. « C’est un résultat modeste, concède Antony Fauci, directeur de l’Institut national américain contre les maladies infectieuses. Mais une certaine efficacité a tout de même, été démontrée. Un vaccin de ce type, même s’il reste à améliorer, est donc bien faisable et même probable. Le principe fonctionne. » En ce moment, les chercheurs tentent de comprendre les raisons pour lesquelles RV144 a fonctionné chez un tiers des personnes et pas chez les autres. En tenant compte des résultats, un nouvel essai devrait être mené en 2014, en Afrique du Sud.

Par ailleurs, en 2010, il a été démontré que deux anticorps (des protéines chargées de la protection immunitaire) étaient particulièrement puissants : ils anéantissaient, en laboratoire, toutes les souches de VIH. Mais seuls 15% des êtres humains semblent produire de tels anticorps. Les scientifiques sont en train de chercher comment provoquer artificiellement le déclenchement de cette production. S’ils y parviennent, un essai de vaccin est envisageable d’ici quatre ou cinq ans. Quelque soit la piste suivie, « la solution ne sera pas pour l’an prochain, mais elle viendra avant trente ans, c’est certain ! » résume Eric Fleutelot, directeur Général Adjoint International du Sidaction.

-Les vaccins thérapeutiques : Environ 25 études sont actuellement menées dans le microscopemonde afin de mettre au point un traitement destiné à prévenir ou – pour 40% d’entre elles – à éradiquer, une fois pour toute, le VIH dans l’organisme des patients. Le plus avancé actuellement est sans doute l’essai mené à Marseille, par l’équipe du Dr  Erwann Loret,  sur 48 séropositifs volontaires, après avoir été testé avec succès sur des singes macaques. Cette équipe a réussi à mettre au point une protéine de synthèse qui « déverrouille » le système immunitaire du patient. En effet, les cellules infectées par le VIH sécrètent une protéine appelée Tat qui bloque l’action de défense de l’organisme et permet donc au virus de proliférer. Cette « anti-Tat » pourrait être la clé qui ouvre une nouvelle ère thérapeutique. Si tout va bien, les résultats seront connus fin 2015.

-Les traitements : Pour l’instant, l’espoir réside surtout dans l’amélioration des traitements de tri-thérapie, plus simples et avec toujours moins d’effets secondaires. Les chercheurs commencent néanmoins à étudier la possibilité d’utiliser d’autres types de médicaments, en particulier les anticancéreux. « Nous savons que si le virus persiste, même avec les traitements, c’est parce qu’il se cache dans certaines cellules spécialisées » explique le Dr Sharon Lewin, qui travaille à Melbourne (Australie) à débusquer ces « cellules réservoirs ». Or, certains traitements anti-cancéreux, comme le Vorinistat, utilisé pour des leucémies, « réveillent » justement le VIH caché dans ces cellules. Ce qui permet ensuite de le détruire grâce aux tri-thérapies. « On le voit bien, l’avenir réside dans des traitements

Françoise Barré-Sinoussi dans son bureau à l'Institut Pasteur. (Photo Pasteur)

Françoise Barré-Sinoussi dans son bureau à l’Institut Pasteur. (Photo Pasteur)

combinés et non pas dans la découverte d’une molécule unique », précise la française Françoise Barré-Sinoussi, qui, il y a trente ans, a participé à l’identification du VIH.

Il est important de traiter très tôt les patients, car c’est ainsi que l’on pourra éviter au maximum la constitution des « cellules réservoir » du virus. Le cas du bébé américain, mis sous traitement moins de 30 heures après sa naissance, et qui semble, aujourd’hui, vivre sans virus trouve peut-être là son explication. Même chose pour 14 patients français qu’on dit « contrôleurs du virus » car ils semblent réussir à vivre depuis plusieurs années, sans traitement, avec une charge virale indétectable, après avoir été mis sous anti-rétroviraux de façon précoce. Mais ces patients ont sans doute, en outre, un profil immunitaire peu courant.

-La prévention : La Sud-africaine Quarraisha Abdool Karim , qui travaille sur la mise au point d’un gel microcide local contenant un antirétroviral, le Tenofir, qui empêcherait le virus d’infecter l’organisme lors des rapports sexuels, a rappelé les enjeux d’une bonne prévention. « Entre 2008 et 2012, nous sommes passé, en moyenne dans le monde, de 9% nouvelles contaminations à 3% . C’est une belle victoire ! Mais 60% de ces nouvelles contaminations concernent les jeunes femmes africaines. Il faut donc s’adresser à elles en priorité ! »
Un autre gel est en cours d’élaboration en France : dans sa composition, des « mini CD4 » qui attirent le virus et le piègent…

-Le dépistage : Depuis le 13 mars 2013, les autotests de dépistage du sida ont obtenu un « avis favorable » du Conseil national du sida pour être autorisés en France, après les Etats-Unis l’an dernier. Ce test permet de connaître sa sérologie en 20 à 30 minutes, à partir d’un échantillon de salive. L’autorisation a été donnée car les non-dépistés représentent 20 % des personnes vivant avec le VIH, mais sont responsables de plus de 70 % des contaminations. Le dépistage reste donc une priorité pour juguler l’épidémie et permettre de mettre la personne sous traitement le plus rapidement possible.
Sophie Laurant

Pour en savoir plus :
-un article global sur le VIH
-Quelques chiffres-Un essai prometteur sur la transmission mère-enfant

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2 réponses à Recherche contre le sida : une année « charnière »

  1. marie stella dit :

    Bravo et bon courage aux chercheurs car nous attendons de pied ferme les médicaments pour guérir nos enfants
    du Sida car ils en souffrent trop. Merci pour ces infos qui nous permettent de garder espoir. Soeur Marie Stella

  2. Bonjour,
    Suite à votre article, je vous communique notre intêret pour ces recherches et vous fais savoir l’importance de la juste mise en valeur de cette information. Nous suivons la procédure avec beaucoup de précision.
    Je vous invite à suivre les actualités de notre site web, pour accéder au meilleur complément d’information à ce sujet.

    Bien à vous