Mars 2014 : le journal de Claire, en visite au Togo

Claire arrivant au travail à l'hôpital Yendube. (Photo C.G.)

Claire arrivant au travail à l’hôpital Yendube. (Photo C.G.)

Claire Guérini, étudiante en médecine, a passé tout le mois de mars auprès de l’association Vivre dans l’Espérance, de Soeur Marie Stella. Elle confie au blog son journal de bord, qui raconte avec fraicheur et précision la vie quotidienne des enfants, des patients, du personnel et des religieuses de Dapaong. Une aventure passionnante et utile, à lire absolument!

C’est par le plus grand des hasards -enfin, il paraît qu’il n’y a jamais vraiment de hasard dans la vie_ que je me suis retrouvée embarquée dans cette belle aventure.
En octobre, Sœur Marie-Stella est de passage à Paris, pour la publication de son livre Vivre dans l’espérance.
Ce jeudi 24 octobre 2013, je rejoins ma mère pour déjeuner avec elle ; en la raccompagnant chez Bayard, nous croisons plusieurs personnes de l’équipe du journal

En route pour le Togo !

En route pour le Togo ! (Photo C. G.)

Pèlerin avec la sœur, qui reviennent de déjeuner. Nous nous présentons et j’explique que je suis étudiante en médecine, en année de césure entre ma quatrième et cinquième année d’études. La sœur lance alors la proposition que je vienne les voir au Togo… Cette idée ne fait qu’un tour dans la tête et peu de temps après, me voilà envoyant un mail pour essayer de partir en mars 2014.
Tout s’enchaîne : je contacte Hélène Durand, la présidente de l’association Yendouboame, qui part avec onze autres personnes les deux premières semaines de mars. Je décide de me joindre à eux et de prolonger de mon côté mon séjour de deux semaines supplémentaires. S’en suivent toutes les formalités : billet, assurance, vaccins, demande de visa… Le départ est prévu le samedi 1er mars.

Samedi 1er mars 2014
Départ de la maison vers 10h avec mes deux sacs super lourds. L’un contient mes affaires, l’autre est plein de choses à donner… Je ne réalise pas du tout que ce soir je serai en Afrique à Lomé avec 30°C (cela va changer des dix petits degrés de Paris !). A l’aéroport, je retrouve Hélène et les autres personnes qui composent le groupe. Enregistrement, passage de la douane et de la sécurité. Embarquement, et c’est parti pour 6h de vol direction Lomé. Atterrissage vers 19h, gros coup de chaud en sortant de l’avion, ma tenue jean/baskets/sweat s’avère tout à coup très inadaptée !
Nous sommes accueillis par Sœur Marie-Stella et Nina, une jeune de l’association qui sera en quelque sorte la guide et l’organisatrice du séjour. Nous entassons les 26 valises, retenues par un filet, sur le toit du minibus, direction chez les sœurs de la Providence de Saint Paul où nous allons loger. Nous ne tardons pas à aller nous coucher, fatigués de cette journée de voyage.

Dimanche 2 mars
Quelle nuit ! Entre la chaleur et l’appel à la prière à 4h30 et 5h30 (j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une alarme), je n’ai pas vraiment très bien dormi. Nous décidons d’aller à la messe à 8h. L’ambiance est très joyeuse, l’église est pleine à craquer. A 10h30, nous devons nous rendre chez les étudiants de l’association Vivre dans l’Espérance pour échanger avec eux. Ils font tous des études très différentes, du stylisme à l’économie… Nous déjeunons avec eux puis rentrons nous reposer. Ici c’est sieste obligatoire !
Cet après-midi, nous avons décidé d’aller voir l’océan. Le ciel est couvert et l’eau très agitée. C’est l’occasion de faire un tour sur la plage et de se mouiller les pieds.

Lundi 3 mars
Ce matin, nous allons à Kpalimé visiter un centre de formation artisanale où quatre jeunes de l’association sont en formation. Il y a quatre domaines : céramique, batik, macramé, sculpture sur bois. Nous pique-niquons sur place et repartons ensuite. Après deux petites heures de route nous sommes rentrés et nous reposons.

Mardi 4 mars

Claire découvrant les enfants de Sainte-Monique. (Photo C. G.)

Claire découvrant l’affection des enfants togolais…
(Photo C. G.)

Ce matin, lever 5h et départ pour Dapaong, à 600 kms plus au nord. Départ 6h30, entassés à 14 passagers et Charles le chauffeur, dans le minibus, avec les valises sur le toit. La route est droite et goudronnée mais il y a d’énormes trous un peu partout ce qui fait que nous zigzaguons pour les éviter.  Nous sommes bien secoués quand même.
Pause déjeuner à Kara, chez des sœurs où nous rencontrons également d’autres étudiants de l’association.
Nous arrivons à Dapaong vers 18h. Nous logeons à la maison d’hôtes, Saint-Jean. Je dispose de ma propre chambre avec douche. Nous nous rendons à l’orphelinat Sainte Monique pour dire bonjour aux enfants qui sont prévenus de notre arrivée. L’accueil est très chaleureux, nous chantons et dansons. Puis, retour à la maison histoire de prendre une bonne douche et se reposer !

Mercredi 5 mars
On respire ce matin, il y a un petit vent frais. Nous sommes attendus à EPV (Ensemble pour la Vie, le centre d’activités de l’association) pour établir un programme avec Sœur Marie-Stella. C’est là que se trouvent les bureaux, la boutique, l’atelier couture et la bibliothèque. Aujourd’hui ce sera donc repérage des lieux. Chacun se fait prendre ses mesures dans l’optique de la confection de vêtements.
Nous partons vers l’hôpital pédiatrique puis au centre de soins Maguy. Mama Rita nous attend ensuite à la maison Sainte-Monique pour la visite des lieux. Les filles sont dix par chambre, il y a plusieurs salles d’étude, une infirmerie.
Nous rentrons à Saint-Jean pour déjeuner, c’est Hortense qui est aux manettes, une fameuse cuisinière !
A 15h, nous sommes attendus au centre Maguy pour l’accueil des enfants. Honoré est le maître de cérémonie et « l’ambianceur » !
– discours de bienvenue
– présentations
– danses par les enfants
– sketch
Puis, tout le monde danse !!
Nous allons après cela visiter l’orphelinat Saint-Augustin où logent les 38 garçons. Il est vrai que les lieux sont petits pour accueillir autant de monde…  Un projet est en cours pour refaire une partie de la maison, cela semble indispensable.
Ce soir doivent venir nous voir Elise et Emmanuel, deux instituteurs mari et femme, dont un est enseignant et directeur de l’école de Babogou qu’aide l’association Yendouboame.

Jeudi 6 mars
Ce matin, visite de l’hôpital pédiatrique Yendube :  accueil, caisse et orientation par les infirmiers;   les salles de consultations et de soin;  la salle des hyperthermies où l’on garde les enfants en observation si besoin;  les laboratoires, analyse et don du sang; la biberonnerie; les services : médecine, « réanimation », néonatalité; la blanchisserie; la pharmacie; la fabrication d’eau de javel et la production de spiruline.
Le manque de moyens est vraiment très important. Les seuls appareils du service de réanimation sont des extracteurs d’oxygène qui tombent en panne tous les quatre matins et une machine pour les aspirations. Les deux appareils de monitoring cardiaque sont cassés… Aucun appareil d’imagerie médicale, les examens de laboratoire se limitent au strict nécessaire… Possibilité de radiographies et d’échographie médicale au Centre Hospitalier Régional de la ville. Pas de soins ni de médicaments sans être préalablement passé à la caisse pour se procurer tout le nécessaire, matériel compris.
A 11h, nous arrivons pour assister au groupe de parole de l’association qui se tient tous les jeudis matins. Le thème du jour : Le carême et le traitement antirétroviral. Cela me surprend, je ne comprends pas vraiment pourquoi cette question. Apparemment, certains ne mangeraient pas pendant la journée pendant la période de carême. Cela peut poser problème avec la prise des antirétroviraux qui doit se faire à heures fixes toutes les 12 heures et lors des repas.
J’interviens pour rappeler l’importance de l’observance du traitement, comment ça marche et dire que la santé est la priorité. Je sais qu’ils sont très religieux mais quand on est mort, on ne peut pas vraiment servir Dieu sur terre… d’ailleurs, lors du ramadan par exemple, certains sont exemptés de jeûne selon leur âge, leur état de santé…
Les enfants de l’association qui sont malades arrivent vers 12h/12h30 pour manger, ils ont un repas un peu différent des autres qui mangent à l’orphelinat, plus consistant et équilibré avec viande ou poisson.
Cet après-midi, repos, je reste tranquillement à Saint-Jean puis petit tour à Sainte-Monique pour voir les enfants.

Vendredi 7 mars
Ce matin, j’ai rendez-vous à 7h au centre Maguy pour partir à 80km de Dapaong, à Mango, où chaque 1er vendredi du mois il y a consultations et renouvellement des traitements antirétroviraux.
Une fois arrivés, nous installons deux tables et sièges dehors et les consultations peuvent commencer ! Nous voyons, l’assistant médical et moi, les patients les uns après les autres : comment ça va ? Pesée et renouvellement du traitement pour la plupart. Martine s’occupe de délivrer les médicaments. Le traitement antirétroviral est gratuit mais tous les autres médicaments sont à la charge des patients. Nous sommes très efficaces et terminons assez rapidement.
Nous reprenons la route du retour mais tous décident de s’arrêter  dans un village où il y aurait un « ressuscité » , un jeune homme de 22 ans mort il y a dix jours et enterré serait réapparu chez lui 3 jours après… ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Il nous faut bien attendre 1h30 avant qu’il ne décide à se montrer, après négociations et pressions.
Arrive alors une procession, le jeune en tête secouant une clochette, derrière lui plusieurs personnes portant une chaise, une coupelle.  Il s’assied sur le siège, la coupelle est déposée devant lui, et là je rêve, les gens viennent déposer de l’argent alors même qu’il essaie de cacher à moitié son visage. Quel cirque et imposture ! La famille ne veut d’ailleurs pas ouvrir la tombe qui s’avère intacte ! Nous rentrons finalement pour de bon.
Peu de temps après mon retour à Saint-Jean, un groupe d’enfants arrive en chantant. Chacun d’entre nous se voit offrir un haut du même tissu que nous porterons demain à l’AG de l’association Vivre dans l’espérance.
Nous décidons suite à cela d’écrire de notre côté une chanson de remerciements pour dimanche soir car nous sommes invités à partager le repas à Sainte-Monique.

Samedi 8 mars

Photo officielle de l'équipe de Vivre dans l'Espérance. (Photo C. G.)

Photo officielle de l’équipe de Vivre dans l’Espérance. (Photo C. G.)


L’assemblée générale est supposée débuter à 8h, mais tout est en place avec trois petits quarts d’heure de retard… Je cite le président « 8h mais 8h45 heure d’Afrique » ! C’est encore une de ces satanées coupures de courant qui a obligé tout le monde à courir partout pour mettre en marche le générateur.
– prière, accueil
-présentation des actions : rapports d’activité et financier
-mot de l’association Yendouboame
Cela jusqu’à 12h20. Puis direction la terrasse du bâtiment pour se restaurer : sandwich omelette ou sardine ? Puis danse ! Vers 16h, nous allons voir une tisserande qui est la tante d’une fille de l’orphelinat. Nous nous rendons ensuite à la congrégation pour récupérer des choses stockées dans des valises entreposées là-bas.
Ce soir les membres du conseil d’administration de l’association viennent dîner à Saint-Jean, c’est donc l’effervescence en cuisine !

Dimanche 9 mars
Ce matin, messe à 7h. Ici, trois messes le dimanche matin : 7h, 9h et 10h. La messe s’avère interminable, entre la présentation des catéchumènes avec des oublis de fiches et les trois quêtes… une « normale » puis une où chacun va déposer en fonction de son jour de naissance, et enfin tout le monde !
Ce midi nous sommes invités à déjeuner avec les sœurs à la congrégation. L’endroit est très beau, elles ont même un jardin potager. Dans l’après-midi est prévue une rencontre avec les enfants parrainés via Yendouboame. Nous allons ensuite à Sainte-Monique pour la fête ! La musique résonne, les enfants dansent ! C’est l’heure de notre chanson (sur l’air des « restos du cœur ») :
Depuis que nous sommes arrivés
On fait la fête toute la journée
Au Togo pas de quoi s’ennuyer
Il fait bon rire, danser, chanter
Depuis que l’on a débarqué
Tout l’monde est là pour nous guider
A notre tour de vous montrer
Notre amitié, notre envie d’aider
Aujourd’hui nous sommes réunis
Pour à vous tous vous dire merci
Dépassé les chacun pour soi
Quand je pense à moi je pense à toi
Beaucoup de rires et de bonheur
On vous emporte dans nos cœurs
On reviendra très vite vous voir
Vous les enfants les enfants d’l’espoir

La soirée ne s’éternise pas trop car les enfants ont cours demain.

Lundi 10 mars
Ce matin je vais visiter la PMI de Korbongou. La sœur Christiane nous fait faire le tour et nous offre quelque chose à boire.
L’après-midi, direction le centre de santé mentale. Sœur Florence nous accueille. Elle est éducatrice spécialisée et ergothérapeute. Elle s’occupe des ateliers avec les patients. Ils fabriquent des poupées, des sacs, des chapelets, des porte-clés en scoubidou avec les fils de perfusion… et vendent tout cela ; elle a une imagination sans fin. Nous partageons quelques chants avec les malades;

Ce soir, Mama Rita passe après manger pour discuter.

Mardi 11 mars
Ce matin, après une petite réunion avec Sœur Marie-Stella, nous rencontrons les femmes qui accueillent les bébés orphelins.
L’après-midi, tour à la bibliothèque ; ce soir, réunion avec les filles de l’orphelinat pour discuter de « trucs de filles ».
NB : le « ressuscité » est bien une arnaque, il est en prison ainsi que d’autres. Grosse combine entre les familles. Il y avait bien un corps dans la tombe !

Mercredi 12 mars
Ce matin, direction le marché. Je déambule dans les halles. Achat de beurre de karité entre autres. Cet après-midi a lieu à EPV (l’asso) la rencontre pour les parrainages. Puis réunion à Sainte-Monique avec les ados, questions sur l’école, l’éducation, le VIH…

Les grottes de Nano. Photo C.G.)

Les grottes de Nano. Photo C.G.)

Jeudi 13 mars
Ce matin, visite des grottes de Nano. Le trajet secoue un maximum. Ce sont des grottes de

falaise qui permettaient de se protéger lors de l’attaque d’ennemis.
Dans l’après-midi, passage à Sainte-Monique, à la congrégation puis à EPV.
Ce soir, veille de départ de tous les membres du groupe, dîner prévu au restaurant avec les sœurs Angèle, Geneviève, Marie-Stella, Maman Rita, maman Cathé, tonton Marcel et Hortense.

Vendredi 14 mars
Départ ! Je redescends à Lomé avec Nina et tout le monde. Nous allons faire le voyage en deux jours pour pouvoir aller visiter les

Temberma, classés au patrimoine mondial de l’Unesco. Ce sont des maisons en forme de château fort. Nous entrons aussi à l’intérieur d’un baobab creux. Nous réussissons à 15 à faire le tour du baobab. Comme dit le proverbe cher à Marie Stella : « un seul bras ne peut entourer le baobab ». Direction Kara où nous passerons la nuit.

 Samedi 15 mars
Départ pour Lomé. Nous arrivons là-bas pour déjeuner. L’après-midi, nous nous rendons au marché artisanal. Ce soir tout le monde reprend l’avion. Je reste avec Nina, nous allons passer le reste du séjour ensemble. Nous sortons boire une « sucrerie » dans un bar !

Visite à Temberma. (Photo C. G.)

Visite à Temberma. (Photo C. G.)

Dimanche 16 mars
Aujourd’hui, c’est reparti ! Voyage de retour vers Dapaong. Pas de départ à vide bien sûr ! Nous chargeons des meubles, des fauteuils roulants, des machines à coudre, un appareil de laboratoire, une antenne parabolique… ! Qui plus est, arrêt sur la route pour l’achat de fruits, d’un mortier, récupération des glacières à Kara… Nous finissons tout de même par arriver à bon port, je découvre ma chambre à Sainte-Monique car je change de logement pour ne pas être seule à Saint-Jean.

Lundi 17 mars
Cette semaine, je vais travailler à l’association, horaires 7h-12h / 15h-17h. Ce matin, je suis en consultation avec l’assistant médical. Ce grade n’existe pas en France. Au Togo, après trois ans d’études ils peuvent exercer et prescrire.
Cet après-midi, je pars en visite à domicile avec François, le médiateur. Je monte sur la moto et en route! Premier arrêt chez une dame traitée, elle a eu un AVC il y a un an avec pour séquelles une paralysie de l’hémicorps droit et des difficultés d’expression. Elle est seule, assise par terre. Nous discutons avec elle, enfin, j’écoute plutôt la traduction car je ne maîtrise pas tout à fait le moba, le dialecte local. Je profite de cette visite pour la masser ce qui lui redonne le sourire. Nous l’asseyons ensuite dans une chaise afin qu’elle ne reste pas par terre.
Deuxième arrêt chez Georgette, sous traitement depuis 11 ans. Elle est assez déprimée. Couturière, elle a arrêtée de travailler, elle se plaint de douleurs neurologiques mais n’a pas assez d’argent pour acheter les médicaments. Elle voudrait bien un kit alimentaire, des médicaments, venir avec moi en France ! C’est fou comme ils s’imaginent tous que chez nous c’est le paradis… je ne vais pas dire que ce n’est pas mieux mais ils ont une idée bien rose de la France.
La dernière patiente est jeune, elle tient un salon de coiffure. Elle se porte bien. Elle partage son désir de vouloir un enfant et nous la rassurons sur le fait que c’est tout à fait possible, il faut surtout bien encadrer les choses par un suivi médical.

Mardi 18 mars
Ce matin, consultation avec le médecin de l’association. Puis départ avec Sœur Marie-Stella et Hortense en visite à domicile. Nous allons du côté de Nano voir une femme ayant deux enfants, dont le mari est parti ; nous lui apportons un kit alimentaire ainsi que des crèmes hyper-protéinées pour les enfants qui souffrent de dénutrition.
La seconde femme que nous allons rencontrer vit seule car elle a perdu tous ses enfants, la visite lui remonte le moral.

 Mercredi 19 mars
Ce matin, visites à domicile avec François. Nous allons voir une jeune femme de 27 ans qui vient d’être dépistée en février et s’est avérée positive. Elle est séparée de son mari et ne compte pas lui dire s’ils ne se remettent pas ensemble.
Puis nous allons chez un monsieur qui fait parti des premiers patients de l’association. Il a été l’un des premiers à bien vouloir témoigner à visage découvert. Il aide l’association en communiquant son témoignage aux autres et en cherchant dans son quartier les malades qui se cacheraient.
Nous rendons visite à une femme qui vient d’accoucher il y a un mois de jumeaux ! Elle a rencontré son mari au groupe de parole de l’association.
Enfin, nous passons chez une dame qui n’allait pas très bien récemment. Aujourd’hui cela va mieux. Le problème est que sa fille qui a arrêté l’école en 3ème , à 18 ans, car elle est tombée enceinte, ne fait plus rien… François essaye de la convaincre de passer voir Honoré : il faudrait qu’elle apprenne un métier…
Nous allons à EPV car la sœur a appelé à propos d’un nouveau cas au CHR., une dame à un stade très avancé. C’est son mari, handicapé moteur, qui est venu solliciter l’aide de l’association, il n’a pas d’argent pour payer les traitements et les soins. Nous allons à l’hôpital la voir, elle est couchée et n’est pas en bon état… Nous faisons faire les prescriptions par un assistant et essayons de trouver un maximum à la pharmacie de l’association…
Dans l’après-midi, nous repassons au CHR déposer ce que nous avons pu dénicher. Je vais visiter les locaux de Radio Maria.

Jeudi 20 mars
Ce matin, consultations avec le docteur ; puis à 10h, groupe de parole. Le thème du jour est : le port correct du préservatif, avec explications et démonstrations. L’après-midi est calme, je me pose à Sainte Monique !

Vendredi 21 mars
Aujourd’hui, je passe la journée au centre de santé mentale avec sœur Christine.
La sœur me montre une série de photos de malades. Certains ont été attachés par leur famille, le pied coincé dans un tronc d’arbre. Il y a des photos de camps de prière où ils sont enchaînés à un arbre, sans protection contre le soleil ou la pluie, juste sur une natte ; la prière serait supposée les guérir…
Soit ce sont les familles qui amènent les malades, attachés ; soit l’équipe se rend au domicile pour les libérer après des premiers soins et les ramène au centre pour initier un traitement. Ici sont suivis les malades psychiatriques ainsi que les épileptiques.
Le centre comporte des salles de consultation, un bureau pour les consultations avec un psychologue le mercredi, des lits « d’hospitalisation » pour garder certains malades sous surveillance, l’atelier d’ergothérapie dans le garage faute de place, une pièce de stockage pour les récoltes, la pharmacie.

Samedi 22 mars
Ce matin, c’est l’assemblée générale de l’association Yendoube, comprenant : l’hôpital pédiatrique, le centre de santé mentale et la PMI de Korbongou : présentation des structures, des bilans d’activités.
Cet après-midi, je vais faire un tour au marché avec Martine pour trouver des tissus afin qu’elle me confectionne une robe et une jupe ainsi que des pagnes que j’offrirai !
Ce soir se tient à Sainte-Monique, entre les filles les plus âgées, la réunion mensuelle pour discuter des problèmes de la maison et de l’organisation.Claire Messe Yaya

Dimanche 23 mars
Ce matin, nous allons à la messe à Korbongou où les sœurs ont demandé qu’elle soit dite pour leur doyenne, Yaya, décédée il y a un an. Nous allons ensuite au cimetière prier et chanter.
Nous déjeunons tous à la congrégation et en attendant le repas nous chantons et dansons .  Cet après-midi à Sainte-Monique, jeux avec les enfants !

Lundi 24 mars
Cette semaine, je serai à l’hôpital pédiatrique. Tous les matins à 7h, staff et transmissions de la garde.
Puis, visite avec l’assistant, nous faisons le tour des services pour voir les enfants et décider des conduites à tenir. Je reste ensuite en consultation avec l’assistant.
Cet après-midi, visite… C’est assez calme et nous avons avec la sœur Marie-Germaine et les infirmiers de grandes discussions sur les considérations concernant le mariage, les relations homme/femme… nous n’avons pas tout à fait les mêmes idées sur ces sujets.
A Sainte-Monique, tout se prépare pour accueillir l’ambassadeur de France au Togo et son équipe qui viennent en visite quelques jours. A leur arrivée, chants par la chorale, danses, remerciements… Les enfants de la chorale soumettent quelques requêtes : venir chanter le 14 juillet à l’ambassade, que l’ambassade facilite l’obtention des visas pour le voyage en France prévu cet été en août où ils doivent donner une série de concerts !

Mardi 25 mars
Ce matin je reste aux admissions. Nous faisons la visite des nouveau-nés et des

Des jumeaux nouveaux-nés.  (Photo C. G.)

Des jumeaux nouveaux-nés. (Photo C. G.)

prématurés et d’une des salles. Retour aux admissions où les patients arrivent.
Nouveau cas ! C’est assez compliqué car les parents ne parlent pas vraiment français et il me faut un traducteur…J’examine l’enfant puis nous allons voir le médecin en charge. Son examen confirme le mien, yes ! Il faut dire que je tâtonne un peu  en pédiatrie, étant supposée l’étudier l’année prochaine.
En passant à Maguy pour rentrer déjeuner, il y a Joséphine, la patiente du CHR. Elle est sortie ce matin, elle va un peu mieux. Elle va rester quelques jours dans des locaux de la pédiatrie.
L’après-midi, visite puis je reste aux admissions, nous continuons nos discussions lors des moments creux. C’est calme et j’en profite pour rendre une visite éclair à Joséphine.
En rentrant à Sainte-Monique, je discute avec Mama et m’amuse avec les enfants. Clarisse, en classe de 4ème,  vient me demander de l’aide en espagnol. C’est parti ! Nous revoyons les bases et le vocabulaire.

Mercredi 26 mars

Ce matin, comme d’habitude, visite puis attente des cas aux admissions.
Tout à coup, l’homme de ménage nous signale un problème. Nous arrivons en courant avec la sœur Marie-Germaine, l’enfant convulse dans les bras de sa mère.
Nous l’allongeons sur un brancard, branchons l’oxygène. Je l’ausculte, rien… Je cherche un pouls, rien… Nous commençons un massage cardiaque, rien, rien, rien… La sœur Marie-Germaine dit que c’est fini ; je déclare le décès de ce petit garçon de 5 ans, il est 9h19. Nous ne comprenons rien à ce qui est arrivé…
Nous allons à la congrégation avec la sœur Marie Germaine pour nous poser un peu. En revenant, tout est calme aux admissions. Et là vers 11h, c’est le rush ! Les cas s’enchaînent !
L’après-midi, je passe voir la sœur Angèle à la pharmacie pour voir un peu comment cela s’organise. Nina vient me chercher vers 17h pour que nous allions à Saint-Jean. Nous y restons un peu puis partons faire une ballade. Nina m’emmène visiter deux collèges de la ville où certains des enfants étudient et où Nina a été en internat et a étudié. Nous allons ensuite au cybercafé car Nina veut consulter ses mails et en ce moment il y a de gros problèmes de réseau.
Ce soir je ne suis pas très bien, il faut vraiment que juste avant de partir je tombe malade…

Jeudi 27 mars
Dur, dur le réveil, je suis vidée… Ne pouvant prévenir personne je décide d’aller à l’hôpital ce matin, on va voir comment je me sens… Je suis la visite chez les nouveau-nés puis je fais quelques entrées.
Je ne suis pas très bien et je décide donc de rentrer sur les conseils de la sœur Marie-Germaine. Je monte me coucher… aïe, aïe, aïe, j’espère que ça va passer…
Cet après-midi, cela va un peu mieux. Sœur Marie-Stella voudrait me voir à 16h  à EPV. Je me repose donc jusqu’à devoir partir. Lorsque j’arrive, la sœur n’est pas encore là et je vais discuter avec tonton Marcel. Puis Sœur Marie-Stella arrive, je ne comprends pas tout ce qui se passe. En fait, elle a organisé une « réunion » avec tous les gens de l’association pour me dire au revoir. J’ai même droit à un cadeau !Cela me touche beaucoup et c’est plutôt à moi de tous les remercier pour leur disponibilité et ce qu’ils m’ont apporté.
Ce soir re-aide aux devoirs, de l’espagnol de nouveau.

Vendredi 28 mars
Dernier jour à la pédiatrie. Des au revoir et des mercis, il faut que je choisisse quelqu’un avec qui repartir en France… hum, hum, cela sera…Sœur Marie Germaine ! Bienvenue n’est pas content : « non, non, non, annulation du choix, il doit s’agir d’un homme ! ».
Visite avec l’assistante pour débuter. Plusieurs admissions se succèdent. Ce matin il y a eu un décès, un enfant en hypoglycémie que l’on n’a pas réussi à perfuser…
Cet après-midi, il faut que je fasse mes bagages…
Avant cela nous allons en ville avec Nina, nous passons au marché, à la poste et à la

Le marché. (Photo C.G.)

Le marché. (Photo C.G.)

mairie.
De retour à Sainte-Monique, je m’attèle au chantier ! Martine passe entretemps pour m’apporter toutes les confections qu’elle a réalisées, je vais pouvoir porter ma robe pour le dîner.
Ce soir je dîne à la congrégation pour dire au revoir aux sœurs.
En rentrant, la musique résonne à fond, cela se passe dans une maison juste à côté de l’orphelinat. Naïve que je suis je pense qu’il s’agit d’une fête ou d’une boîte de nuit, mais non, se sont des funérailles ! Un an après le décès, on organise une grosse fête avec la musique toute la nuit ! Nous en profitons pour danser mais ensuite, c’est plus difficile pour dormir, et demain le départ est à 6h.

Samedi 29 mars
Musique toute la nuit… ! Pas des plus reposant. Ce matin, je boucle ma valise, écrit mes petits mots pour plusieurs personnes, me prépare pour le départ… A 6h, la voiture arrive, Charles au volant, la sœur devant, Honoré et Hortense à l’arrière. Je me fais une petite place dans la voiture ! La route est plus rapide en voiture qu’en minibus, moins de secousses et de poussière. Arrêt à 13h à Kpalimé pour déjeuner et achats d’avocats et d’ananas pour ramener tout ça à la maison.
Nous arrivons à 16h à Lomé. Je fais mes dernières courses (arachides) pour offrir. Je refais un peu les valises pour essayer de répartir le poids. J’ai eu le droit de repartir avec deux valises dont l’une pleine d’objets à rapporter pour une association en France.
Nous célébrons la messe à 17h30, après quoi je prends une petite douche et enfile mon jean et mes baskets que je n’ai pas portés depuis un mois .
Départ vers 20h pour l’aéroport, après dîner. J’ai le droit à un cortège pour m’accompagner : Charles, sœur Marie-Stella, sœur Christine, Hortense et Honoré.Je quitte tout le monde pour rentrer dans l’aéroport. Au revoir l’Afrique, bonjour la France !  A bientôt sans aucun doute !

Encore un grand merci à toutes les personnes que j’ai rencontrées, citées ou non, pour tout ce que vous m’avez apporté. Impossible de retranscrire en si peu de mots ce que j’ai vécu durant ces trente jours !
Merci à Sœur Marie-Stella et à la Providence ! Merci à tonton Marcel pour son soutien, merci à Hortense pour ses bons petits plats et sa chaleur humaine, merci à Maman Rita pour l’accueil qu’elle m’a réservé dans sa grande famille, merci à François pour les beaux moments que j’ai pu vivre en VAD, merci aux assistant et médecin, merci à tous les membres de l’association.

Les "petites canailles" de l'association. (Photo C. G.)

Les « petites canailles » de l’association. (Photo C. G.)

Merci aux sœurs Marie-Florence, Angèle, Lydia, Geneviève, Marie-Germaine ; merci au personnel de l’hôpital pour nos grandes discussions.
Merci aux sœurs Christine et Florence pour leur accueil en psychiatrie.
Merci à Nina que je n’ai que peu citée mais qui a joué un rôle très important durant ce séjour. A très vite, cette fois-ci en France ! Yeahhhh, j’ai hâte !!!
Merci aux enfants de l’orphelinat avec qui j’ai partagé de très bons moments, notamment avec les petites canailles que l’on ne cite plus : Augustin, Mathieu, Jonathan et Sophie. Merci au groupe de l’association Yendouboame avec qui j’ai partagé de très bons moments ; j’ai vraiment eu de la chance de rencontrer de très belles personnes ! A très vite en mai pour l’assemblée générale !
Claire Guérini

 

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3 réponses à Mars 2014 : le journal de Claire, en visite au Togo

  1. association SIMBA dit :

    tres beau reportage et tres belles photos ,tres bonne idee ce voyage a dapaong j’adore

  2. francine dit :

    Merci pour ce beau message …

  3. Ferraux Marie Claire dit :

    Claire

    Féliciations – très beau reportage.

    bises