L’association Yendouboame sur les pistes du Togo

Les enfants de l'association Vivre dans l'Espérance, avec Maman Rita (à droite) et les membres de l'association Yendouboame. (Photo D. R.)

Les enfants de l’association Vivre dans l’Espérance, avec Maman Rita (à droite) et les membres de l’association Yendouboame. (Photo D. R.)

Les vraies valeurs, une joie de vivre en toute simplicité, des émotions fortes… Voilà ce qu’ont éprouvé les membres de l’association Yendouboame, en séjour au Togo du 1er mars au 15 mars 2014. En marge de leur assemblée générale, qui se tient vendredi 23 mai à 20h30 ( salle de l’Entre-deux, 49220 Grez-Neuville, à 23 kilomètres d’Angers), ils nous livrent un récit de leur voyage.

Nous étions un groupe de treize personnes qui a commencé à se préparer dès le printemps 2013 et qui s’est constitué au fur et mesure des disponibilités de chacun.  « 13 » partis à 13h13, affichage du tableau des départs de l’aéroport de Roissy : un clin d’œil à toutes les surprises et toutes les joies qui vont remplir ce séjour. Car c’est une aventure que de poser les pieds sur le continent africain !
Pour plusieurs d’entre nous, c’est un baptême de l’air et un baptême d’Afrique et pour les autres, l’envie de retrouver les amis de Dapaong, son soleil et sa chaleur. Chaleur qui nous tombe dessus en descendant de l’avion, la peau devenant moite. Nous nous débarrassons des polaires bien inutiles désormais dans la file d’attente de la douane. Chargés de nos nombreuses valises et sacs de cabine remplis au maximum, nous avançons vers la sortie où Sœur Marie Stella et Nina nous accueillent à bras ouverts nous souhaitant « Bonne Arrivée ». Pour ces premiers jours sur le sol togolais, nous logeons à la communauté PSP de Lomé

Lomé et Kpalimé

Les étudiants qui résident à Lomé. (Photo D. R.)

Les étudiants qui résident à Lomé. (Photo D. R.)

En rencontrant les étudiants de Vivre dans l’Espérance, à Lomé et à Kara, nous réalisons combien nos actions sont efficaces. Les jeunes présentent chacun leur formation universitaire et surtout ils remercient l’association, conscients de ce qu’ils ont reçu et prêts à donner en retour pour les plus jeunes.

Leur manière d’être, de parler nous montre la qualité de l’éducation reçue. Les logements des jeunes sont vétustes, le coût des études et des frais du quotidien restent élevés. La bibliothèque et le centre informatique du campus ne leur permettent pas d’obtenir les documents nécessaires aux recherches et ils se rendent souvent dans les cybercafés.

Les jeunes en apprentissage au collège d'enseignement artistique et artisanal de Kpalimé. (Photo D. R.)

Les jeunes en apprentissage au collège d’enseignement artistique et artisanal de Kpalimé. (Photo D. R.)

A Kpalimé, situé à 120 km de Lomé, près de la frontière du Ghana, nous rencontrons quatre jeunes orphelins au collège d’enseignement artistique et artisanal (CEAA). Là, les jeunes reçoivent une formation théorique et pratique : sculpture, batik, poterie… Ils nous étonnent par leur motivation et leur sérieux.

 

De Lomé à Dapaong

Charles, le chauffeur de l’association nous conduit dans son minibus de Lomé à Dapaong. 700 km d’une route nationale empruntée par de nombreux « Titans », ces poids lourds très chargés qui transportent les marchandises du port de Lomé vers les pays d’Afrique de l’Ouest. Il évite les nombreux « nids d’autruche », passant sur la piste poussiéreuse de latérite contigüe à la véritable route, en travaux sur une vingtaine de kilomètres.
Nous admirons, entre secousses, nuages de poussières ou moments de somnolence, les paysages différents : côtes bordés de cocotiers, plateaux boisés, cultures, villages de brousse, villes très animées et leurs petits commerces… Et enfin, nous traversons la savane pour entrer dans la ville de Dapaong, notre destination pour les dix jours qui vont suivre.

 L’association Vivre dans l’Espérance et les orphelinats

Visite à la maison Saint-Augustin. (Photo D. R.)

Visite à la maison Saint-Augustin. (Photo D. R.)

Dès notre arrivée, nous sommes accueillis par Maman Rita, Maman Cathé, les enfants des maisons Sainte Monique et Saint Augustin. Rencontres chaleureuses. Des petites mains se glissent dans les nôtres… des sourires et des câlins. Moment tant attendu par Bernadette qui a pu rencontrer, pour la première fois, sa filleule Catherine. Beaucoup d’émotion ! Les enfants retrouvant leurs parrains, les amis des parrains…
Le mercredi, ils organisent une fête de bienvenue pour nous remercier. Chaque jour, Achille joue avec ses copains pendant que Lise aide selon les besoins. Et le dernier jour, tous les enfants nous accueillent à nouveau dans leur maison pour un repas commun et des danses. Vêtus de la tunique qu’ils nous ont offerte, nous avons chanté.
Nous avons le sentiment de former une grande famille, que ce sont nos enfants ; ils nous le rendent bien et nous donnent la force de continuer nos actions solidaires ! Ils nous offrent leur affection et transmettent des messages pour leurs parrains en France.

Les garçons nous reçoivent dans leur maison Saint-Augustin et nous constatons l’urgence de la réhabilitation des bâtiments trop étroits pour les 39 enfants. Les conditions de vie sont très difficiles : adolescents mêlés aux plus jeunes, pas de place pour étudier pour les collégiens et les lycéens, pas de lieu abrité pour les repas pendant la saison des pluies. L’association Yendouboame a présenté le projet et les devis pour obtenir des subventions ; il nous faut aider ces garçons à réussir.
L’étude d’un projet de panneaux solaires est menée par Jérôme. Camille recherche les sources pour de nouveaux forages.

Les groupes de paroles
Tout au long de notre séjour, nous participerons à des groupes de paroles avec les enfants malades, les adolescents, les enfants vivant dans les familles d’accueil, les femmes qui prennent en charge des bébés orphelins. Chacun exprimant ses difficultés, ses interrogations. Ils nous font comprendre l’importance des parrainages. L’essentiel est le lien créé avec les enfants, leur donnant les repères nécessaire à leur évolution. Le médiateur réunit régulièrement les adultes vivant avec le VIH pour les aider à surmonter leurs difficultés face à la maladie.

La ferme

Visite des champs de maraîchage. (Photo D.R.)

Visite des champs de maraîchage. (Photo D.R.)

La ferme est en pleine évolution : cultures maraîchères bien irriguées, champs cultivées, trois bœufs, deux ânes, des chèvres, des volailles, porcherie, forage avec pompe solaire, motoculteur, remorque… sans oublier les bâtiments : habitation et magasin de stockage construits grâce aux Apprentis d’Auteuil. Cette ferme permet désormais de produire la nourriture pour les orphelinats, de vendre pour avoir des revenus, de former les jeunes qui choisiraient les métiers agricoles.

EPV : Ensemble Pour la Vie

C’est là que se trouvent les bureaux de l’association qui emploie 34 salariés et 46 bénévoles. Soeur Marie Stella en est la directrice, secondée par Marcel, son adjoint et le psychologue chargé du suivi scolaire des orphelins et du comptable. Florence aide à la réorganisation de la bibliothèque gérée par Emmanuel et ouverte au public : nous y envoyons régulièrement des livres.
S’y ajoutent le centre de formation de couturières, l’atelier de fabrication de sacs par les femmes malades et la boutique.

Assemblée Générale de l’Association Vivre dans l’espérance

Le samedi 8 mars, journée internationale de la Femme, véritable fête au Togo, nous participons à l’AG de l’association ; Hélène, en tant que présidente de l’association Yendouboame présente les collectes de fonds qui ont été réalisées pour financer les actions 2014.

Le centre Maguy

Sous un préau, la cantine sert un repas protéiné aux enfants malades. La poudre d’œuf que nous envoyons est très utile. Et c’est là que le mercredi après-midi, tous les enfants nous attendaient pour une fête : chants, danses, saynète pour nous remercier de notre aide. Et nous avons dansé avec eux, entraînés par les musiques rythmées diffusées par l’animateur, Honoré.
Le centre assure le suivi de 1450 adultes malades du VIH dont 480 bénéficient des traitements antirétroviraux.

Mango, consultation des malades du sida

Une équipe de soignants et bénévoles se rend dans cette ville, à 80 kms de Dapaong, comme chaque premier vendredi du mois. Claire participe aux consultations et au renouvellement des traitements antirétroviraux.

 La pédiatrie Yendube, le dispensaire de brousse de Korbongou

En 1984, Hélène y a fait son stage d’infirmière. 30 ans de liens avec le Togo ! Sœur Geneviève, la directrice de l’hôpital, était alors la responsable du dispensaire. La visite de l’hôpital pédiatrique Yendube nous interpelle par le dévouement de ceux qui y travaillent avec peu de moyens. Dans le service de néonatalogie, les mamans nous présentent leurs nouveaux-nés. Les plus petits, prématurés sont par deux dans les deux seules couveuses de l’hôpital. Le lait en poudre indispensable lorsque la maman est malade, a un coût très élevé. Les boîtes apportées dans nos valises ainsi que les produits sur protéinés sont les bienvenus.

Sœur Florence, éducatrice spécialisée et ergothérapeute, accueille Sandrine et Claire au centre de santé mentale. Elle s’occupe des ateliers où les patients fabriquent des poupées, des sacs, des chapelets, des porte-clés en scoubidou avec les fils de perfusion… et vendent tout cela.

Le lundi, en route pour le dispensaire de Korbongou, à 12 km de Dapaong : consultation des enfants malades et hospitalisation, PMI permettant le suivi des bébés, les vaccinations, la prise en charge de la malnutrition. Des conseils sur l’alimentation et l’hygiène sont donnés aux mamans.

Les élèves de l'école de Babogou. (Photo D. R.)

Les élèves de l’école de Babogou. (Photo D. R.)

 L’école du village de brousse Babogou

Dès notre arrivée, Marie-Thérèse et Alain reprennent contact avec Emmanuel, le directeur de l’école qui nous parle des difficultés de son établissement de du peu de moyens donnés par l’Etat, alors que les effectifs augmentent. Les enseignants du Togo ont fait grève pendant un mois à la rentrée et n’ont obtenu à ce jour que des promesses.

Le vendredi, à 7h30, les 300 élèves nous attendent dans la cour de l’école, dans un profond silence, pour le lever du drapeau. Les 40 CM2 nous accueillent en chantant et attendent avec impatience les courriers de leurs correspondants de l’école Joubert-de-Chalonnes (Maine-et-Loire).
Ils nous parlent de leur vie quotidienne. La vie des cultivateurs de la région des savanes est difficile : saison sèche très longue où il faut gérer les réserves de nourriture et l’approvisionnement en eau. La plupart des élèves ne mangent pas le midi. Les parents survivent grâce à de petits commerces.
Les enfants doivent, matin et soir, s’occuper de travaux de la maison et des bêtes. Ils aiment l’école, ils savent que c’est important d’avoir une bonne formation.

Réparer le barrage

Le lundi, au cours de la réunion des parents d’élèves et chefs de village, la décision est

Consolider le barrage est vital pour le village de Babogou : tout le monde s'y met ! (Photo D. R.)

Consolider le barrage est vital pour le village de Babogou : tout le monde s’y met ! (Photo D. R.)

prise de financer le sol cimenté, les claustras et les portes de deux classes et de réparer le barrage avec les conseils techniques de Pascal.
Aussitôt, nous allons au barrage et une équipe prépare la tranchée à la pioche.  Des femmes arrivent avec des récipients et commencent à transporter le sable ; elles doivent faire presque deux kilomètres avec une lourde charge sur la tête.
Le mardi, très peu d’hommes sont prêts pour travailler au barrage, les autres sont partis à leurs petits commerces. Alors le directeur de l’école Emmanuel et les enseignants des CE et CM demandent à leurs élèves de transporter les pierres, le gravier, le sable. De lourdes charges sur leur tête !  « Une vraie fourmilière » nous racontera Pascal qui sera le chef de chantier toute la matinée.

Le lendemain, le chantier avance avec toute une équipe d’hommes, de femmes et d’enfants qui s’activent sous un soleil de plomb. Pascal, Jérôme, Alain, Camille prennent les pelles, montrent, coupent les tiges, utilisent les truelles… Petit à petit le barrage se construit. Quelle matinée ! L’impression de vivre un rêve !

Le jeudi 13 mars, les enfants de l’école Babogou nous attendent pour nous remercier avec des chants. Sophie, une élève de CM2 remercie l’association Yendouboame au nom de toute l’école. Les villageois arrivent pour nous saluer et le président des parents d’élèves nous offre une poule et un seau rempli de légumes de son jardin. Quel cadeau pour une population qui n’a pas assez à manger !!!
C’est avec émotion que nous montons dans le bus et quittons l’école sous les saluts joyeux des enfants.

Hélène et Michèle retrouvent leur filleul, le petit Yendouboame. (Photo D.R.)

Hélène et Michèle retrouvent leur filleul, le petit Yendouboame. (Photo D.R.)

Yendouboame

Quelle joie de retrouver Yendouboame, ce petit garçon aveugle rencontré en 2008 et qui a donné son nom à l’association ! Il reconnaît Michèle et Hélène, ses marraines. Comme il a changé !

Sœur Angèle, sa référente, nous accompagne jusqu’à l’école de son village.  Nous retrouvons Yendouboame assis au premier rang de sa classe. L’enseignant nous dit qu’il s’est bien adapté et a beaucoup progressé. Il peut maintenant communiquer : il parle le moba et comprend le français. Il va être pris en charge dans l’école du SEPHRA pour qu’il apprenne le braille et les gestes de la vie quotidienne.
Yendouboame nous accompagne jusqu’à sa maison, à quelques centaines de mètres de l’école. Sœur Angèle sait le faire rire. Ils sont complices. Catherine, la tante de Yendouboame nous accueille et nous fait visiter la case où il dort. C’est elle qui s’en occupe au quotidien depuis qu’il est tout petit ; maintenant, elle prépare son CAP couture à l’association VIE à Dapaong.

Le récit de ce voyage vous donne un aperçu des moments intenses que nous avons eu la chance de vivre et nous vous proposons de vous le faire encore mieux partager lors de notre Assemblée Générale par nos témoignages, des photos et films.

L’urgence est d’améliorer les conditions de vie des garçons de la maison Saint-Augustin.

"Il faut plusieurs bras pour entourer le baobab" nous dit un proverbe africain. Là, par exemple, il a fallu quatorze personnes! (Photo D.R.)

« Il faut plusieurs bras pour entourer le baobab » nous dit un proverbe africain. Là, par exemple, il a fallu quatorze personnes! (Photo D.R.)

La réhabilitation du bâtiment se fera grâce à un réseau d’associations. La troupe « Pièces détachées » nous a remis la somme de 4 000 €, la subvention du Conseil Général est de 1 500 € et nous attendons la subvention de la Caisse des Dépôts. Et merci à tous nos donateurs !
Comme nous l’avons fait réellement à 14 avec nos bras pour entourer le baobab, nous pourrons grâce à vous tous apporter l’aide nécessaire à tous ces enfants pour qu’ils construisent leur avenir.

Le groupe « Togo13″ du séjour 2014

 

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