Des novices en stage chez Soeur Marie Stella

La communauté assomptioniste de Ouagadougou. (Photo D. R.)

La communauté assomptioniste de Ouagadougou.
(Photo D. R.)

Frère Bonaventure et Frère Bernard, deux jeunes frères Assomptionnistes de la communauté de Ouagadougou, au Burkina Faso, sont allés en stage, l’an dernier, à Dapaong, auprès de la communauté des Soeurs hospitalières et de l’association Vivre dans l’espérance. Ils ont été marqué par leur séjour et nous livrent leur témoignage, complété par le récit du P. Jean-Paul Sagadou sur une cession auprès des jeunes de l’association.

  • Frère Bonaventure : « il n’y a rien de plus important que de servir ses frères »

« Au mois d’Avril 2013, j’ai fait mon stage apostolique à «L’association Vivre dans l’espérance », dans le diocèse de Dapaong. Dirigée par Marie Stella, Sœur Hospitalière du Sacré Cœur de Jésus, l’association prend en charge les malades du sida, les orphelins… et même certaines personnes âgées. Que dire de cette Association qui m’a accueilli pour trois semaines de stage ?
A mon arrivée, je fus touché par son accueil chaleureux. Et par la composition de son personnel : musulmans, catholiques et autres confessions travaillent dans une telle cohésion qu’il est difficile de deviner qu’ils ne sont pas de la même religion.
Dans l’association, dans diverses activités auxquelles j’ai participé, j’ai découvert des agents disponibles, ouverts et qui travaillent à l’épanouissement physique et spirituel de leur frère malade ou orphelin… Le personnel oublie parfois qu’ils ont leurs enfants et femmes à la maison ; ils s’adonnent complètement à leur travail pour leur frère, sans s’apercevoir que la matinée est finie. Et cela  m’avait interrogé : le travail que font les membres de l’association n’est-il pas au-dessus de ce qu’on peut leur payer ? Ils font un travail d’amour et par amour, et leur récompense est dans les cieux, dans la vie du monde à venir, dans la vie éternelle où la mort n’a pas de place.
En travaillant avec eux, je me dis qu’il n’y a rien de plus important qu’aimer ses frères et de les servir… Vu comment  les malades sont bien traités, cela m’avait poussé à poser une

Soeur Marie Stella avec une patiente. Qu'est-ce qui donne aux soignants la force de se dévouer autant, s'interroge F. Bonaventure. (Photo F. Sautereau.)

Soeur Marie Stella avec une patiente. Est-ce l’amour de ces soignants qui donne le goût de vivre aux malades ou sont-ce les médicaments? s’interroge F. Bonaventure. (Photo F. Sautereau.)

autre question : Est-ce l’amour de ces soignants qui donne le goût de vivre aux malades ou sont-ce les médicaments? Devant le visage joyeux des malades et de ceux qui viennent au groupe de parole chaque jeudi matin à l’association, je m’interrogeais encore : Entre un malade de VIH qui, peut-être, n’a pas l’âme blessée et celui qui est bien portant physiquement mais qui souffre moralement, lequel est le plus à plaindre ?
L’association écoute les jeunes en difficulté. Ces jeunes subissent des conditions de vie  tristes et s’enfoncent encore souvent dans une situation pire, par manque de repères ou d’aide. Parfois, ils n’écoutent pas les conseils ou ne les mettent pas en pratique. Cela  m’attriste car, moi-même, je suis jeune et je comprends.
Heureusement qu’il y a le travail qui se fait par l’association. Mais elle seule ne peut y arriver. Elle a besoin d’aide. Quel avenir pour cette église locale et pour la société actuelle?
J’ai beaucoup apprécié la prise en charge des orphelins par l’association. Par exemple, chaque mercredi soir, à l’heure de l’animation, qui regroupe les orphelins et certains jeunes de Dapaong, je me sentais vraiment interpellé par leur sourire, leur rire et la joie sur le visage de ces enfants qui n’ont pas de parents. Ces enfants reçoivent vraiment affection et amour, et, grâce à l’association, ils s’épanouissent.
Merci à l’association. J’aimerais dire, tout comme, dans les Evangiles, Jésus, n’est pas venu pour les bien portants, mais pour les malades ; chacun des membres de l’association représente aujourd’hui le Christ pour ces enfants et cette population. Et tel que le nom de l’association le dit, ses membres et les personnes prises en charge vivent déjà dans l’Espérance. Les femmes et les hommes de cette association sont beaux car leurs âmes sont belles ; elles ne tendent pas vers le monde,  vers une recherche de bien personnel, mais elles tendent vers l’amour sans mesure du prochain.
Pendant la semaine où j’ai travaillé à la consultation, j’ai rencontré des enfants en retard de croissance ; des enfants qui ont normalement  17 ans et dont le visage semble celui d’enfants de 10 ans. En les voyant, une question m’est  venue : quel accueil leur serait réservé s’ils voulaient devenir prêtre ou religieux ?
J’ai aussi constaté que la majorité des personnes atteintes  par le VIH sont des femmes. Cela est dû à plusieurs causes : la polygamie, le mariage forcé, leur niveau d’étude qui est bas (50 % de femmes sont non scolarisées). En ce XXIe siècle, la femme n’est toujours pas totalement prise en compte.
Ce stage fut vraiment un temps de découverte et d’observation d’une autre réalité de mon pays. Et je pense à cette phrase de saint Paul : « En partageant nos souffrances, vous partagez aussi notre consolation.»(2Co1,).

  • Fr Bernard Bamogo : « Une expérience joyeuse et inoubliable »

L’association « Vivre dans l’Espérance » a été le un lieu où j’ai appris à aimer davantage le travail et le service. J’ai vu un personnel -une véritable « famille »- où la fraternité était un

Yaya Kpapilé, assistant médical, interrogé par Bernard. Il s’occupe de la prise en charge des patients VIH. (Photo B. Bamogo.)

Yaya Kpapilé, assistant médical, interrogé par Bernard. Il s’occupe de la prise en charge des patients VIH. (Photo B. Bamogo.)

tremplin pour tous, le point de départ pour faire le pas vers l’autre, vers le démuni, vers l’indigent ! Au risque d’oublier d’importantes qualités que j’ai apprises auprès de ces gens, je ne citerai que l’amour gratuit du semblable ; l’amour du pauvre, la compassion fraternelle, l’amitié donnée sans retour, voilà ce que j’ai appris à l’association. C’est une semence qui germe en moi, un grain semé qui ne mourra pas.
Quant aux Sœurs elles-mêmes, pendant trois semaines, j’ai tout simplement appris, avec elles, à vivre ! J’ai vu des sœurs épanouies, des femmes émancipées et responsables, des sœurs qui aiment et qui s’aiment, qui prient et travaillent ! Leur vie fraternelle solide, fondée sur le respect mutuel, l’humilité et la discrétion, la place qu’elles accordent à la détente, voilà tant d’éléments qui m’ont fortifié.
En partageant avec la plupart d’entre elles, j’ai découvert que la force de chacune d’elle se trouve dans la prière qui oriente leur vie apostolique et leur vie fraternelle, et telle vie les accompagne dans leur service des malades. Avec mes sœurs, j’ai pu cerner les besoins généraux de la population de Dapaong ; des besoins qui sont à peu près communs à toute l’Afrique de l’Ouest : éducation, scolarisation et santé…
La pauvreté constitue un handicap majeur en Afrique de l’Ouest, la porte d’entrée de nombreux maux (maladies et conflits) ; la lutte contre la pauvreté se traduit par la présence de nombreuses ONG — c’est assez remarquable à Dapaong — qui font de leur mieux pour l’éducation des populations. L’éducation, c’est ce dont ces populations ont le plus besoin pour sortir de la pauvreté.
La joie que j’ai eue à parcourir les villages de Dapaong, à rendre visite aux familles, à passer du temps avec les orphelins, les malades, les gens rejetés qui ont retrouvé la joie de vivre auprès de Sœur Stella et de ses consœurs, tout cela a rendu mon séjour à Dapaong, inoubliable.

  • P. Jean-Paul Sagadou : « L’estime de soi »
Le P. Sagadou entouré des jeunes de Vivre dans l'Espérance. (Photo D. R.)

Le P. Sagadou entouré des jeunes de Vivre dans l’Espérance. (Photo D. R.)

L’estime de soi, c’est le thème que j’ai développé  à Dapaong (Togo) du 1er au 5 septembre 2013,  pour les jeunes de l’Association « Vivre dans l’Espérance » de la Sœur Marie Stella. Rejetés par leur famille et orphelins pour la plupart de parents morts de SIDA, ils étaient au nombre de 30 jeunes, élèves et étudiants. À chacun d’eux, j’ai essayé de dire simplement ceci «  Va dans la vie avec la force qui est en toi », «  prends soin de toi et des autres ». « N’oublie pas l’Eglise, c’est un lieu de valorisation des uns par les autres, un lieu d’estime pour chacun, un lieu de liberté » et enfin comme l’ange à Gédéon : « Le Seigneur est avec toi, valeureux combattant ».
Ce sont des jeunes aux vies compliquées, souvent brisées. À leur contact, je me suis senti « jeté au-dedans de leur vie », « bousculé par le récit de leur vie », « broyé par leur souffrance », et « changé par le désir de gagner la vie, de la réussir ».

 

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Une réponse à Des novices en stage chez Soeur Marie Stella

  1. KPAPILE Esaïe dit :

    Merci beaucoup pour toutes vos paroles d’encouragement. ça nous donne plus de courage et de détermination. Que le Seigneur vous soutienne aussi dans tout votre parcours.