Décès d’Emile, l’un des jeunes de Vivre Dans l’Espérance

EmileMalgré les trithérapies, malgré l’attention et les soins dont ils sont entourés, les jeunes contaminés ne sont, hélas, toujours pas à l’abri d’une rechute. Soeur Marie Stella vient de nous informer de la triste nouvelle : la mort d’Emile Gnipale, 17 ans, l’un des garçons hébergés à la maison Saint-Augustin. Tous les enfants et le personnel sont en deuil et cette lettre est un chant d’amour et d’adieu pour lui :

« Mon Dieu, donne-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne puis changer. Le courage de changer les choses que je peux et la sagesse d’en connaître la différence » : C’est par ces mots, chers amis (es), chers frères et sœurs, que je viens vous annoncer la mort d’un de mes enfants, Emile, 17 ans; décès survenu le 1er octobre 2014, à 23 heures.

Emile a été contaminé par le VIH dans son enfance. Orphelin de père depuis sa naissance, il est arrivé à la Maison Saint-Augustin après la mort de sa maman, en décembre 2012. Les dernières paroles de celle-ci furent, à mon adresse : « Ma sœur, prenez avec vous mon fils pour lui donner la vie, sauvez-le pour moi. Puisqu’il a la même maladie que moi, je sais qu’avec vous il aura la vie.» C’est ainsi qu’Emile a été pris en charge par l’association Vivre dans l’Espérance.

Il voulait apprendre les danses traditionnelles

C’était un garçon jovial, combattif. Il aimait tellement la vie qu’il avait très bien repris des forces et vivait parmi ses frères et sœurs comme appartenant tous à un Seul Père, Dieu. Depuis décembre 2012, Emile n’était plus retourné dans son village. Mais, puisque chacun de nous a une histoire sacrée, il a voulu cette année y rentrer pour les vacances. Même s’il avait été marqué par la misère et le rejet, son amour pour ses origines lui tenait à cœur. Il avait pour objectif de revoir ses amis et son désir le plus profond était aussi d’aller apprendre les danses traditionnelles pour, non seulement soutenir la chorale, mais aussi, participer au groupe de danse de l’Association Vie.

Hélas ! Après sept semaines passées sans donner de nouvelles, il est revenu le 20 septembre avec une fièvre à plus de 40° C., et une pneumopathie grave. Il ne pesait que 30 kg alors qu’il était parti avec un poids de 41 kg. Quel drame !

D’un côté, des nuits sans sommeil et de l’autre, le combat contre la maladie…

Crier, pleurer…tels furent mes sentiments à cet instant. La colère commença à m’habiter et de cette colère surgit une litanie de questions à savoir : « comment vais-je m’y prendre? Pourquoi n’est-il pas revenu plus tôt? Pourquoi me le ramener dans cet état? …» Autant de questions sans réponse. Commença la course aux soins, aux analyses médicales, à tous traitements.

Douze jours passèrent sans succès. Maman Rita devint sa garde-malade à la Maison Sainte-Monique où nous l’avions transféré, Maman Cathé la cuisinière, tous les enfants se succédaient autour de lui pour donner de leur affection et prier pour lui. D’un côté, des nuits sans sommeil et de l’autre, le combat contre la maladie…

Le 1er octobre, poussés par la Providence, nous avons décidé d’un commun accord, de demander en faveur d’Emile, le baptême et le sacrement des malades. Le Père Joseph, toujours disponible pour les malades, a organisé la cérémonie à la chapelle de la Maison Sainte-Monique en présence de quelques membres de l’Association, des mamans, des bénévoles. Ce fut un moment très émouvant. Il a été baptisé avec de l’eau en signe de purification, il a reçu la Lumière du Christ et l’onction pour avoir la force. Jour de fête, de joie pour lui et pour nous car, désormais, il n’était plus seul…

Il nous a été arraché pour l’autre Demeure

A 20 heures, Sœur Lydia vient à table m’annoncer que maman Rita me demande au chevet d’Emile. Avec deux de mes sœurs, nous nous sommes rendues à la Maison Sainte Monique. Il nous a regardé et dit : « Je vais mourir, je ne blague pas! Je suis sérieux, je vous dis la vérité…» Peu de temps après, nous faisons venir Marcel ; deux autres sœurs s’ajoutent ensuite à l’équipe. Nous l’accompagnons par nos prières et notre affection. A 23 heures, il nous a été arraché pour l’autre Demeure. Il est allé vers la VIE.

Oh toi Mort, tu n’auras pas le dernier mot !

Seigneur, toi seul sait ce que nous ressentons en ce moment. A vous, les parrains d’Emile et les bienfaiteurs de nos enfants, sachez que notre fils à tous est parti vers le Père. Le deuil sera long à faire auprès des enfants, des mamans, des responsables.

En ce 1er jour du Rosaire, en cette fête de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus où tu as choisi partir vers le Père, nous te confions à la sainte du jour et à la Vierge Marie.

Sois désormais notre guide, notre lumière, notre force dans cette dure épreuve.

Oh Marie, refuge de ceux qui souffrent ; apaise le cœur de ceux qui aiment Emile : les enfants, le Personnel, les bienfaiteurs et quelques membres de sa famille…

Emile Gnipale (Gnipale veut dire, apaise mon cœur devant l’épreuve…) Ton nom veut dire beaucoup de choses dans notre foi et dans le quotidien de nos vies. Que par la prière de Sainte Thérèse et de la Vierge Marie, ton départ apaise nos cœurs. Repose en paix et veille sur nous.

Merci à chacun de vous, parrains, au Personnel, aux Sœurs de ma Communauté qui nous ont soutenus dans cette dure épreuve.

Adieu Emile, adieu mon fils bien aimé. Apaise mon cœur, nos cœurs. L’eau du baptême t’a purifié et a fait de toi un enfant de Dieu. La lumière que tu as reçue t’a donnée la VIE par ton Espérance. Vas, vas à ton Dieu et que notre amour t’accompagne.

Oh toi Mort, tu n’auras pas le dernier mot. Nous allons continuer la bataille de tous les jours.

Je vous embrasse

Soeur Marie Stella

Cette entrée a été publiée dans Marie Stella écrit, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Décès d’Emile, l’un des jeunes de Vivre Dans l’Espérance

  1. Toutes mes prières vont vers toi, et ta famille.

  2. Abla dit :

    Repose en paix Emile, et que ton souvenir soit gravé en nos coeurs à tout jamais.
    Je suis de tout coeur avec toute la communauté de l’associaion Vivre Dans l’Espérance de Dapaong et de France.
    Yalla, la vie continue!!!
    Abla