Septembre 2014, mois terrible à Dapaong

Soeur Marie Stella dans ses taches quotidiennes. (Photo D. R.)

Soeur Marie Stella dans ses taches quotidiennes. (Photo D. R.)

En seconde partie de sa lettre aux amis français et togolais, Soeur Marie Stella nous donne des nouvelles du mois de septembre à Dapaong. Malheureusement, tandis qu’Emile se battait contre la maladie, de nombreux décès parmi les patients suivis par l’association Vivre dans l’Espérance ont rendu de nouveaux enfants orphelins. Souhaitons-leur beaucoup de courage pour affronter l’année scolaire qui commence.

« Beaucoup d’entre vous se demandent ce que devenons après le retour de France du groupe des chanteurs et danseurs. Nous sommes revenus avec le sourire, avec de la joie à partager avec nos frères et Sœurs…

Nous avons repris pied dans la réalité de nos vies quotidiennes. La majorité des enfants ont rejoint leur famille d’accueil ou élargie pour quelques semaines de vacances afin de laisser souffler Maman Rita et Maman Cathé qui durant toute l’année s’occupent- respectivement aux Maisons Sainte-Monique et Saint-Augustin- de plus de 120 enfants.

Une succession de drames ont affecté Vivre dans l’Espérance

Les drames ne nous ont pas épargnés en ce mois de septembre. Avant même que la santé du jeune Emile, qui vient de décéder, ne nous préoccupe, nous avons dû consoler certains des enfants qui étaient allés retrouver de la famille mais qui sont revenus quelques jours plus tard car ils ont été mal reçus.

Le 31 Août, dès notre retour, nous avons tout de suite appris le décès de la maman d’Afi-Marguerite, 8 ans, qui est désormais à Sainte Monique. Cette dame s’est suicidée en se jetant dans un puits, suite à la stigmatisation extrême reçue de la part de sa famille. Elle avait décidé de nous confier sa fille alors que toute la famille au village s’était opposée à son désir et l’avait abandonnée sans soins ni nourriture. Non seulement elle a trouvé la mort mais elle a été enterré clandestinement dans une brousse. Nous n’avons pas eu la chance d’assister à ses obsèques. La seule question, déchirante, que la petite fille a posé à l’annonce terrible du décès de sa mère a été « Puis-je la voir une dernière fois ? »

Le 8 septembre, la maman de Maïmouna est aussi décédée. Cette jeune fille de 12 ans la soignait seule car son frère de 17 ans avait peur de l’aider.

Deux jours plus tard, nous avons perdu dramatiquement Marcellin Kountouti, Président du groupe de parole des personnes vivant avec le VIH, de l’Association Vie. Tous les malades ont été bien ébranlés car c’était un bon garçon. Non seulement il avait été pris en charge durant plus de douze ans, par l’association, mais il avait perdu ses deux enfants et vivait chez ses parents. Il avait beaucoup souffert mais conservait le désir de rendre service aux autres.

Au chevet de la grand-mère de Catherine

Catherine et sa grand-mère. (Photo D.R.)

Catherine et sa grand-mère. (Photo D.R.)

Puis nous avons vécu la mort de la grand-mère de Catherine, 12 ans, qui faisait partie du groupe des chanteurs. Catherine était ravie à l’idée d’aller raconter à sa grand-mère sa tournée en France. Elle est allée lui rendre visite pour l’aider et recevoir son affection. Mais elle  l’a trouvée gisant seule dans sa case, abandonnée, le chapelet au cou et attendant la mort…

Malgré tous nos soins à la grand-mère, celle-ci est décédée le 13 septembre dans les bras de sa petite-fille, pour laquelle elle était la seule personne référence de la famille. Désormais Catherine et sa jeune sœur sont résignées à rester à l’orphelinat à chaque vacances.

Elle n’avait que 65 ans et elle est morte de la malnutrition à cause de l’abandon de tous. Mais, elle était une sainte femme ! Car, heureuse de retrouver sa petite fille après la toilette que nous lui avions donné, elle a sorti son chapelet pour prier avec nous, pour nous et pour tous les bienfaiteurs. C’était un moment très émouvant ! Sans cercueil, elle a été enterrée comme Jésus dans un tombeau près de sa maison.

Désormais, ces enfants sont sans famille. Maïmouna a rejoint Sainte-Monique et nous avons trouvé une famille d’accueil pour son frère Toute la communauté musulmane, chrétienne, non chrétienne était présente pour nous aider à enterrer la maman, musulmane. Quelle solidarité ! «Changer le monde, c’est ça notre rêve… », Vous rappelez-vous du chant des enfants?

Voilà les événements qui nous attendaient dès notre retour au Togo. Et au milieu de tous ces deuils, nous avons appris avec tristesse, la mort de Sylvain, un jeune des Apprentis d’Auteuil venu en 2012, pour le Chantier Solidarité. Le chagrin des enfants est grand, car Sylvain était très gentil et les avait beaucoup marqués. Paix à son âme et courage aux jeunes de la Fondation des Apprentis d’Auteuil-Nord, ses amis.

Tous ces événements nous appellent à aller à l’essentiel de la vie, à la solidarité, à la fraternité, au courage, à l’espérance, à la charité. « Dans le soleil ou dans le brouillard, il faut tracer jour après jour un chemin d’Espérance ».
Les enfants sont revenus le 27 Septembre et nous avons eu une messe d’action de grâce où tous, parrains, bienfaiteurs, soutiens, amis, vous serez présents dans notre prière.

Je vous embrasse en mon nom et au nom de tous les enfants.

Soeur Marie Stella

Cette entrée a été publiée dans Marie Stella écrit. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Septembre 2014, mois terrible à Dapaong

  1. delsarte dit :

    Bonsoir
    ce recit m’a enormement touché
    aussi je suis allé a dapaong en juillet 2006
    je voulais savoir si l’association de Soeur Stella permettrait l’accueil d’un volontaire de solidarité internationale ou dans ce cas je serai disponible de suite
    si vous pouvez me mettre en rapport avec l’association
    merci
    cordialement
    Frederic

    • Sophie dit :

      Bonjour Frédéric,
      J’ai transmis votre message à Soeur Marie Stella qui vous répondra par email. Sophie (administratrice du blog).