Les travaux du centre de soins débutent en décembre

Soeur Marie Stella (en civil) et l'équipe de Vivre dans l'Espérance arpentent le champ où va bientôt s'ouvrir le chantier. (Photo D.R.)

Soeur Marie Stella (en civil) et l’équipe de Vivre dans l’Espérance arpentent le champ où va bientôt s’ouvrir le chantier. (Photo D.R.)

ça y est ! Soeur Marie Stella depuis Dapaong, au nord du Togo, nous informe que le terrain destiné au futur centre de soins de patients souffrant du VIH est arpenté. L’association Vivre dans l’Espérance n’attend plus que la récolte des céréales soit engrangée par les habitants du voisinage, pour faire commencer les travaux de terrassement.

Bien sûr, la somme totale nécessaire à la construction de l’ensemble du centre de soins n’est pas réunie, mais les lecteurs de l’hebdomadaire Pèlerin ont été suffisamment généreux pour que l’association puisse installer le bloc de salles de soins qui constituera le coeur même du centre. Il y a urgence : l’actuel centre de consultations Maguy n’est pas équipé pour hospitaliser les patients et de plus en plus de malades, affaiblis par des années de vie avec le VIH, ne réagissent plus aux traitements.

Rappelons cette cruelle réalité : au Togo, seuls les anti-rétroviraux de première et seconde ligne sont disponibles. Si les patients deviennent résistants, ils n’ont pas droit, contrairement à ce qui est offert dans les pays développés, à des traitements de 3e ou 4e intention, plus récents, plus chers mais mieux supportés et que l’on réserve aux patients résistants.

Le nouveau centre permettra cependant de meilleurs soins palliatifs et, parfois, des rétablissements spectaculaires, impossibles à obtenir aujourd’hui, car on pourra les réhydrater longuement, les doper en vitamines, enrayer les affections secondaires… Soeur Marie Stella vous l’explique par l’exemple :

Chers amis bienfaiteurs,

Depuis quelques mois vous avez répondu à notre appel pour financer la délocalisation de la maison Maguy (le centre de santé pour les malades et enfants atteints par le VIH/SIDA).

Actuellement nous avons pu acheter un terrain et, grâce à vous, la somme déjà récoltée atteint 32 147 € !

Avant que le projet de construction ne commence, toute l’association

Le terrain du futur centre. (Photo D.R.)

Le terrain du futur centre. (Photo D.R.)

Vivre dans l’Espérance et la congrégation des sœurs hospitalières du Sacré cœur tiennent à vous dire un sincère merci pour votre générosité. Nous allons, avec les fonds reçus, commencer les travaux dès décembre 2014. Présentement, nous attendons que les paysans qui ont transformé ce terrain à bâtir en champs aient récolté leurs céréales, pour pouvoir débuter la  construction.

Ce début de chantier vous permettra de constater que votre argent est bien employé. Le budget total pour réaliser l’ensemble du projet atteint désormais 206 094€ mais nous avons de plus en plus d’urgences médicales à gérer qui nous incitent à faire avancer les travaux dès à présent.

Du 1er septembre au 14 Novembre, en effet, quatorze malades sont décédés, tous dans des situations d’accompagnement et de soins précaires. Certains mal logés, d’autres abandonnés à eux-mêmes. Parmi ces personnes figurait Emile, un jeune de 17 ans que nous avons accompagnés à la maison Saint-Augustin. La nuit où il allait mourir, a été, pour nous, une nuit interminable. Comment ne pas traumatiser les autres enfants qui sentaient ce qui se passait?

Emile, un des ados de la maison familiale Saint-Augustin. (Photo D.R.)

Emile, un des ados de la maison familiale Saint-Augustin. (Photo D.R.)

Tous les enfants étaient à la chapelle pour la prière du soir et aussitôt après la prière, dans le silence, tous sont entrés dans leurs chambres.  Avec les sœurs, les deux mamans, Marcel Mendouna, le psychologue, nous sommes sortis discrètement, en portant Emile pour l’amener à l’association en salle d’observation. A notre arrivée, il y avait trois mamans couchées avec leurs enfants qui avaient fait plus de 45km à pieds pour venir se soigner et nous sommes allés en salle de conseil où nous avons dressé un matelas pour veiller Emile qui est décédé à peine une heure de temps après notre arrivée. Nous avons alors transformé la salle de staff en salle mortuaire, et à 5H du matin, nous avons dû nous rendre dans les deux maisons familiales pour annoncer aux enfants le décès de leur frère.

Autre exemple, pour vous montrer la réalité que nous vivons sur le terrain : le cas de Clément, 36 ans. Ce veuf ayant perdu tous ses

Clément, en perfusion sous le manguier de sa maison. Quand le centre sera construit, les patients pourront être accueillis dans de bonnes conditions. (Photo D. R.)

Clément, en perfusion sous le manguier de sa maison. Quand le centre sera construit, les patients pourront être accueillis dans de bonnes conditions. (Photo D. R.)

enfants à cause du VIH est retourné vivre au village suivant la décision d’un conseil de famille car sa santé se déclinait et il s’était retrouvé seul, sans soutien, en ville.

Arrivé au village, il a retrouvé son père de 75 ans, atteint de surdité et sa sœur qui a dû abandonner son foyer et ses enfants pour venir s’occuper de lui. Ce vieux père passait toutes ces journées à pleurer  car il voyait bien la fin de la vie de son fils s’annoncer et avec elle, des difficultés sociales pour lui aussi (un jeune comme Clément constitue, en principe, « la sécurité sociale » de toute la famille, ici au Togo). Tous les jours, un membre de sa famille disponible devait amener Clément, à notre centre de soins, en parcourant plus de 25 kms à moto.

Le 14 novembre, après sa journée passée au centre Maguy, Clément sent ses forces le quitter et demande qu’on le ramène en voiture. Pendant le voyage, il nous demande encore de tout faire pour qu’il ait la santé. Il voulait même dormir au centre car il préférait mourir dans nos bras mais nous étions dans l’incapacité de le garder car nous n’avons pas de lits d’hôpital.

Nous lui avons promis de revenir le lendemain à domicile le soigner et c’est ce qui fut fait. À notre arrivée, il nous attendait déjà sous un arbre et sa case était bien délabrée. Il fallait trouver un autre endroit pour les soins mais par faute de bâtiment, c’est sous l’arbre que nous avons agi et c’est sur une branche que nous avons pu accrocher le flacon de perfusion pour le réhydrater.

Nous en avons profité lui parler de son passage c’est-à-dire de sa mort prochaine. A notre grande surprise,  il m’ a dit : « Ma mère, je n’ai pas peur de la mort mais de la souffrance, car la mort est déjà à ma porte, je ne peux m’échapper ». A ce moment-là, j’ai commencé à le masser pour calmer sa douleur et après lui avoir administré un antidouleur, il s’est endormi et nous sommes parties en disant à la famille que nous reviendrions le lendemain. Mais il est décédé durant la nuit. Après 10 ans d’accompagnement à l’Association VIE il est mort le 15 Novembre 2014.

Aujourd’hui vous avez été nombreux à répondre à notre appel pour la construction de ce nouveau centre de soins plus adapté à nos besoins. Nous vous en remercions et continuons à compter sur vous et sur de nouvelles générosités pour avancer dans ce projet. Nos mains, nos cœurs sont tendus vers vous pour avancer dans notre processus d’accompagnement. Nos malades pauvres, dépouillés de tout, abandonnés à eux-mêmes sans argent, sans dignité comptent sur vous qui êtes aujourd’hui le « bon Samaritain » car, l’homme qui souffre est dépourvu de sa liberté
L’homme qui souffre a perdu son identité
L’homme qui souffre n’a plus de visage
L’homme qui souffre a besoin de votre compassion, de votre générosité de votre amour pour se remettre DEBOUT.

Que la prière de tous ceux qui nous ont quittés ces temps-ci nous accompagne

Aujourd’hui, l’existence de ce centre devient urgente pour sauver et accompagner dignement nos patients vers la mort, vers la lumière.

Aujourd’hui, l’existence de ce centre devient urgente pour l’accompagnement au deuil et l’épanouissement de nos enfants grâce au centre culturel qu’il comportera.

Grande union de prière avec vous tous, chers amis donateurs.

Sœur Marie Stella

 

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Une réponse à Les travaux du centre de soins débutent en décembre

  1. Fotso dit :

    Bonjour

    C’est une très bonne initiative, je souhaite de tout coeur que la somme attendue soit rapidement atteinte.