Salifou et Marie, des saints dont on ne parlera jamais…

En visite chez Salifou et ses épouses âgées. (Photo D.R.)

Il y a deux ans, en visite chez Salifou et ses épouses âgées. (Photo Barbara Bouchet.)

Soeur Marie Stella prend la plume pour rendre hommage à deux personnes âgées dont l’association Vivre dans l’Espérance s’occupait depuis plusieurs années et recevait, en retour, leur amitié :

« On ne parlera jamais d’eux dans le livre d’or des saints du jour, mais, ce sont des saints de notre temps, de notre époque, de notre siècle…

Ce sont nos bienfaiteurs. Salifou et Marie Nimome ont chacun porté leur croix d’une manière ou d’une autre dans leur vie, dans leur foi en Dieu, même si l’un était musulman et  l’autre chrétienne. Leur témoignage de vie nous donne, courage, force et espérance. Ils sont retournés à Dieu portant les intentions de chacun et priant désormais pour nous.

Nous remercions tous ceux qui ont donné de leur amour à Marie Nimome (dont le nom signifie « Femme Juste ») et à Salifou (qui veut dire « la Vérité »). Deux saints, prophètes de la Justice et de la Vérité, qui ont su marquer leur passage sur Terre grâce à l’amour et à la charité. Que la Justice et la Vérité dont ils ont été porteurs nous accompagnent pour que nous soyons de bons témoins de notre foi.

Dix ans d’amitié avec Salifou et ses deux épouses

Salifou dans sa cour. (Photo D. R.)

Salifou dans sa cour. (Photo D. R.)

Salifou un homme âgé, à peu près, de 80 ans, musulman pratiquant, vivait au village avec ses épouses. De leur mariage, ils ont eu trois fils. Malheureusement, tous les trois sont décédés à l’âge adulte, du sida, ainsi que leurs épouses. Ce drame qui a mis leurs trois vieux parents en situation de précarité et de dépression.

Tous les jours que Dieu faisait, à trois dans la cours de leur maisonnée délabrée, ils priaient à la façon de leur religion musulmane et après, attendaient désespérément l’heure de Dieu, « la mort. »

Un jour, lors d’une visite à domicile que nous faisons pour leur apporter à manger comme d’habitude, Salifou prend la parole et nous dit ceci : « A quoi sert notre vie? Nous n’avons ni argent, ni descendant ; nous sommes laissés à nous-mêmes sans force, sans espoir ; nous n’avons que nos deux cases qui s’effondrent sur nos têtes ; nous allons bientôt nous retrouver à la rue, et notre prière de tous les jours est que Dieu reprenne notre vie. Et moi de lui répondre : « Grand-père, nous sommes venus vous voir ; nous sommes désormais vos enfants, et vos petits-enfants sont les enfants de l’Association… »

Après cette conversation, tous applaudissent et une nouvelle vie commence pour eux. Il y a plus de dix ans que cette amitié a durée. Je précise que la maison de Salifou et de ses épouses a été entièrement reconstruite par l’association Maminou, première à nous apporter son appui dans la prise en charge des personnes âgées. Merci infiniment à elle pour ce coup de pouce, signe pour les personnes âgées qu’elles sont aimées et portées dans cette phase douloureuse de leur vie.

Toutes ces années de vie et de bonheur ont été possible grâce à la mobilisation du personnel et les bénévoles de l’association Vivre dans l’Espérance (Vie), la communauté musulmane et l’Association Maminou. Tous ce sont mobilisés pour leur redonner dignité et sceller l’amour qui a longtemps régné entre eux.

Le 19 septembre dernier, à 8 heures, nous apprenons que Salifou ne se sent pas bien. Une heure plus tard nous sommes là en équipe. Sa première épouse, non voyante, est devant sa porte pour entendre les nouvelles, la deuxième épouse est à son chevet pour le veiller.

Il nous attendait ! Salifou est mort un vendredi, jour de la grande prière musulmane. Il a eu la chance d’avoir les deux prières de la journée avant d’être enterré. Il a été accompagné par un grand cortège de personnes, lui qui vivait isolé. Sa piété et sa pauvreté lui ont valu de mourir un jour saint. Il ne sera jamais reconnu saint, mais, il fait partie désormais des saints inconnus qui nous protègent…

Surnommé Abraham

Aujourd’hui, Salifou au ciel, veille sur ses épouses, sur l’association Vie, sur toutes nos communautés religieuses dont il vantait le mérite et sur tous ses bienfaiteurs. Nous comptons sur la solidarité de quelques voisins pour continuer la mission d’amour auprès de ses deux épouses.

Il était surnommé Abraham par l’Association Vie. Au ciel, il est désormais le protecteur d’une multitude d’orphelins. Il fait parti des bienfaiteurs protecteurs du ciel. Chacun de vous peut compter sur sa prière. Adieu cher papa ! Adieu Salifou

Marie Nimome, visage de la Vierge Marie

Soeur Marie Stella au chevet de Marie Nimome. (Photo D.R.)

Soeur Marie Stella au chevet de Marie Nimome. (Photo D.R.)

Marie Nimome, âgée de soixante-dix ans à peine, veuve, mère de huit enfants et grand-mère de plusieurs petits et de nos enfants orphelins de la maison Sainte-Monique, s’est éteinte le 13 septembre dernier -veille de « la Croix Glorieuse »- après des semaines de souffrances, abandonnée de tous ses enfants.

Femme douce, effacée mais ferme dans la  prière, elle venait à la maison sainte Monique pour voir tous les petits enfants. Alors que Catherine, sa petite-fille résidant à la maison Sainte-Monique venait de rentrer de la tournée de France avec les autres enfants de l’Association Vie. Cette dernière était heureuse de retrouver sa grand-mère ; mais en rentrant chez elle au village  elle la trouve seule dans une case délabrée, sans porte ni fenêtres, couchée par terre… Quel drame !

Nous sommes arrivés le lendemain pour soigner Marie ; elle nous accueille avec un grand sourire et un chapelet à la main. Elle bénit le Seigneur. Pour elle, c’est comme la Visitation de Marie à sa cousine Elisabeth. Ses premières paroles sont celles-ci : «  Dieu n’oublie pas le pauvre ! Que Dieu vous bénisse et vous garde. Qu’il vous donne la force de vous occuper de mes petits enfants. Je ne sais pas si je vais m’en sortir, ce sera la volonté de Dieu…. » Avec beaucoup d’émotions nous lui avons prodigué des soins toute la semaine. Sœur Andréa, conseillère générale de notre communauté, a eu la chance de la connaître et de la soigner. Mais, comme Marie Nimome l’avait si bien dit, tout dépend de Dieu. Elle a rejoint ce Dieu qu’elle priait par le biais de la Vierge Marie.

Elle a été enterrée le dimanche  matin avant la messe, au village. Très pauvrement emballée dans un drap, comme le Christ au tombeau, elle fut entourée de tout le village, son chapelet au cou et sa tenue blanche. Pendant l’inhumation à 300 mètres de chez elle, une vieille s’approche vers moi pour me dire : « Cette vieille était une pieuse femme ; son apostolat consistait à prier, à visiter les malades et elle le faisait très bien.» Je lui répondis « Alors, récitons le chapelet pour l’accompagner vers Dieu ». Nous  avons eu quelques chants de louange à la Vierge Marie puis nous sommes allés continuer la prière à l’église. Adieu Marie Nimome, nous vous aimons beaucoup.

Que ces deux saints reposent en Paix et qu’ils prient pour nous. Merci à toute l’équipe de Vie, aux sœurs hospitalières du Sacré Coeur de Jésus, de la communauté de Dapaong.

Que Dieu bénisse vos mains et vos cœurs qui donnent !

Soeur Marie Stella

 

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Une réponse à Salifou et Marie, des saints dont on ne parlera jamais…

  1. Dumon Mireille dit :

    La disparition de Salifou nous a beaucoup émus et le souvenir de nos rencontres
    sous le manguier devant la case restaurée est très vivant dans nos coeurs.
    Nous savons que tu es « l’ange gardien » de ses deux femmes sans doute bien démunies sans lui et cela nous rassure .
    Maminou poursuivra son soutien affectif et financier pour adoucir leurs vieux jours.
    Nos adhérents sont heureux du sens profond que nos actions jumelées donne à leur propre vie et t’en remercie ma chère Soeur Marie Stella.
    Mireille Dumon