« Agapé », le jardin de Vivre dans l’Espérance

panneauBenoît Bourin, fondateur de l’association l’Acacia et le Néré, nous raconte sa journée du 11 janvier dernier à Dapaong, lorsqu’il a été amené en tant que « paysan -diacre » et bienfaiteur de l’association Vivre dans l’Espérance, à bénir le jardin de maraichage sur la ferme. C’était lors de l’inauguration de la fameuse clôture.Dimanche 11 janvier,  à Dapaong (Togo). La journée est déjà bien engagée car il est prêt de 16 h. Je suis en retard de vingt minutes pour le rendez-vous à l’hôpital pédiatrique où je dois rejoindre sœur Stella et d’autres pour le départ vers le jardin de l’Association où doit se dérouler le temps fort de la bénédiction.

J’ai quelques excuses … Le matin, je suis allé rejoindre ma sœur Joséphine dans son

lieu de culte. Joséphine, ma fabricante de savon est de confession protestante et en signe de sympathie, je la rejoins pour prier avec elle à l’ « Assemblée de Dieu », une branche évangélique bien implantée au Togo. Une célébration un peu « décoiffante » pour le catholique que je suis  … mais Joséphine est si heureuse que je sois là. A 10 h 30, Joséphine toute attentive à notre emploi du temps, après m’avoir fait rencontré le pasteur, m’emmène vers le quartier de la cathédrale où je rejoins Dominique et Kisito pour rencontrer le groupement de femmes du quartier de Gwong.

Visite au groupement de femmes

Dominique et Kisito m’ont sollicité il y a trois ans, pour soutenir un groupement de dix femmes de leur quartier qui se battent avec courage et énergie pour faire vivre leur famille. Leurs hommes sont au chômage et la boisson est hélas souvent leur seule occupation ! En fait, ces femmes ne sont désormais une trentaine!

Vers midi trente, avec l’arrivée de la présidente,  Marie, la réunion débute

Entraide des femmes : Remise des nattes et instruments de cuisine. (Photo B. Bourin.)

Entraide des femmes : Remise des nattes et instruments de cuisine. (Photo B. Bourin.)

véritablement. Laurent qui m’accompagne sur ce projet et qui est déjà venu avec moi en 2013 assure l’animation comme un professionnel du développement et je le laisse opérer. Ce projet le passionne et il est émerveillé, à juste titre, des réalisations des femmes ainsi que de la solidarité qui s’est installée à l’intérieur du groupement quand les difficultés de l’une d’entre elles sont trop grandes. Depuis notre dernière rencontre, nous avons pu mettre en lien ces femmes avec une caisse de micro-crédit, ce qui a multiplié notre aide par trois. On nous explique les difficultés rencontrées mais aussi les solutions mises en place avec intelligence pour les contourner. Nous nous sentons tout petits, quand à la fin de la réunion, elles remettent aux plus pauvres du groupement, à l’une une natte, à l’autre une bassine ou une casserole pour cuisiner. Oui, la pauvreté est grande pour certaines, et le groupement est devenu véritablement un lieu d’appui et d’un avenir qui peut enfin s’ouvrir.
Puis, les femmes amènent le chapalot, la boisson locale à base de mil et nous ne manquerions pour rien au monde ce temps de fête. Quelques chants, quelques danses, l’ambiance et la chaleur de l’amitié font de ce temps un moment vraiment intense et riche. Joseph et Laurent, qui m’accompagnent pour ce nouveau voyage à Dapaong sont « au paradis » et se créent tout un réseau d’amies.

En route vers la ferme et le jardin

Maman Rita au premier plan avec la chorale des enfants. (Photo B. Bourin.)

Maman Rita au premier plan avec la chorale des enfants. (Photo B. Bourin.)

Il est plus de 3 heures  quand nous pouvons prendre une bonne collation avant de nous diriger vers la pédiatrie. Sœur Marie-Stella, à notre arrivée ne manque pas de m’interpeller : « Benoît, l’Africain, toujours en retard ! ». Mais je sais que nous sommes vite pardonnés et nous filons dans sa belle voiture vers le jardin de l’association. Le soleil commence à descendre. J’aime ce moment de la journée quand la chaleur est agréable et qu’une sorte de paix s’installe. Nous arrivons sur le site. Ouah ! Que la clôture du jardin est impressionnante. La chorale des enfants est là, sous les manguiers et les percussions résonnent. Nous sommes accueillis dans la joie et les chants par Marcel, le directeur de VIE  et nous nous embrassons les uns les autres.

Il y a là le père André avec qui je dois célébrer. Heureusement,  car mon expérience de

Sœur Marie-Stella Benoît Bourin, diacre, Père André Une jeune de l’Association Marcel, directeur adjoint. (Photo D. R.)

Sœur Marie-Stella, Benoît Bourin, diacre, Père André,
une jeune de l’Association
et Marcel, directeur adjoint. (Photo D. R.)

« bénédiction de jardin » est très réduite et je suis rassuré d’avoir « un professionnel » de la chose. On ne se connaît pas mais la sympathie naît très vite. Nous choisissons les textes dans le « livre des bénédictions » et je me dis que ce temps va être très beau.

Sœur Marie-Stella me fait vraiment un beau cadeau en me demandant ce service car pour le paysan que je suis, je suis fier de participer à ce temps de célébration qui unifie  foi, Création et travail de l’homme.

On m’a bien parlé dans ma jeunesse des rogations qui avaient lieu dans nos villages de France où le prêtre, suivi de ses enfants de chœur et de la population se déplaçait dans les champs pour demander bénédictions et protections pour les récoltes. Mais comme il est loin ce temps … Depuis des décennies, l’agriculteur compte plus sur son savoir faire technique que sur l’aide de Dieu.

« Agapé » en hommage aux repas partagés
des premiers chrétiens

Alors me voici en première ligne, et c’est avec joie, après l’introduction faite par Marcel sur l’histoire de ce jardin, que je prends la parole pour raconter pourquoi nous avons accepté avec notre association « L’Acacia et le Néré » d’accompagner le développement de ce projet agricole qui participe à l’autonomie alimentaire des enfants de l’association « Vivre dans l’Espérance » et qui pourra sans doute demain être source aussi de revenu.

Marcel, directeur adjoint de Vivre dans l'Espérance explique le sens de ce partenariat avec l'association française l'Acacia et le Néré. (Photo B. Bourin.)

Marcel, directeur adjoint de Vivre dans l’Espérance explique le sens de ce partenariat avec l’association française l’Acacia et le Néré. (Photo B. Bourin.)

J’explique aussi combien la Providence nous a aidé à collecter les 6000 € nécessaire à la construction de la clôture en parpaing. Clôturer un hectare et demi, ce n’est pas rien. Mais ce fut fait et financé grâce à la bienveillance de généreux donateurs de France qui ont été touchés par ce projet.

Second temps fort : le dévoilement de la peinture murale avec cette belle fresque réunissant une main noire et une main blanche, signe de l’amitié et des liens profonds entre nos deux associations : « Vivre dans l’Espérance » et « l’Acacia et le Néré ».

Nous lisons ensuite la Parole de Dieu, vient ensuite un beau commentaire par le père André, le temps des prières et de la bénédiction de l’eau. Une célébration ne se raconte pas mais se vit mais comme il était beau ce moment du Notre Père près des manguiers où ensemble, nous tenant la main, dans la tiédeur du soir qui arrive nous prions pour que son Règne arrive …

J’explique le choix du nom qui est l’idée de mon père :  Agapé lui évoque les Agapes, les repas des premiers chrétiens. Les premiers chrétiens se rassemblaient pour prier ensemble, et aussi pour prendre ensemble leur repas où ils partageaient la nourriture que chacun apportait. L’amour circulait ainsi à travers les paroles, les gestes, les échanges et le partage fraternel.

Nommer cette clôture ‟Agapé”  fait donc, pour lui, le  lien entre les personnes qui, par les dons en argent, ont permis sa construction,  la protection qu’elle offre au grand jardin et qui permet ainsi aux plantes potagères de bien se développer et de porter du fruit, et les enfants qui pourront bénéficier de la nourriture que le jardin clôturé produira. Cette nourriture, fruit de la terre, du travail et de l’amour partagé des hommes participera au développement des enfants et à leur épanouissement. 

Pisciculture, élevage, poulailler…
les projets ne manquent pas !

Mais nous sommes venus pour bénir et nous allons bénir cette terre de Dapaong. Les chants se succèdent et le tam-tam nous accompagne.

Le père André bénissant le jardin. (Photo B. Bourin.)

Le père André bénissant le jardin. (Photo B. Bourin.)

Avec le père André, nous nous partageons le « travail ». A lui la gauche du terrain, à moi la droite avec les oignons, les choux en devenir, les carottes encore toutes petites, les laitues qui viennent d’être repiquées. Je n’oublie pas non plus les deux puits qui vont permettre d’abreuver cette terre lorsque les terribles chaleurs d’avril pourraient brûler toute végétation.

Je m’amuse ou plutôt je suis heureux de vivre ce moment peut être  unique dans ma vie de diacre. Un paysan diacre qui bénit la terre de son pays bien aimé ! Que du bonheur.

Oui que ce jardin fleurisse de fruits, de légumes !Que ce lieu soit béni et qu’il soit source de joie pour les enfants et tous ceux qui y travailleront !

La nuit arrive, la célébration a duré plus d’une heure mais que le temps a passé vite. Nous nous replions vers la maison St Jean pour un temps convivial avec tous les acteurs de ce temps fort.

Non, il n’est pas possible de s’arrêter là! Nous évoquons d’autres projets…  Il y a sur le

Les bassins de pisciculture sont là, prêts à redémarrer. (Photo B. Bourin.)

Les bassins de pisciculture sont là, prêts à redémarrer. (Photo B. Bourin.)

site, les vestiges d’une ancienne pisciculture. Une remise en état s’impose mais comparé à l’effort fourni pour la réalisation de la clôture, l’affaire sera beaucoup plus légère. Produire du poisson, un rêve en passe de devenir réalité. Les enfants en demandent et Dapaong à 600 km de la mer,  constitue un débouché naturel pour cette production. L’Acacia et le Néré s’est engagé à financer un poste de technicien pour accompagner ce projet d’élevage ainsi que les ateliers « poules pondeuses » et élevage de porc qui se situeront sur l’autre site de l’Association. Les revenus tirés de la vente du « savon de Joséphine » devraient le permettre.

Le jardin sera en pleine production en avril, période de grosse chaleur,  où les prix seront les plus élevés à cause de la diminution de production régionale. (Photo B. Bourin.)

Le jardin sera en pleine production en avril, période de grosse chaleur, où les prix seront les plus élevés à cause de la diminution de production régionale. (Photo B. Bourin.)

Deux semaines plus tard, de retour en France, je revois ce moment et adresse  un grand merci à sœur Marie-Stella pour avoir osé me demander ce service. Merci à Marcel pour nous avoir fait confiance pour l’accompagnement de ce projet. Oui, je l’ai dis aux enfants et je le redis ici.  Dapaong est l’un des lieux où porté par la  grande foi de ses habitants, l’amour et la joie que l’on ressent, je vis pleinement  ma mission de diacre. Merci pour tous ces moments que je vais encore vivre pendant ce si beau séjour à Dapaong.

  Benoit Bourin, le 29 janvier 2015

 

 

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Une réponse à « Agapé », le jardin de Vivre dans l’Espérance

  1. Dumon Mireille dit :

    Merci , Benoit pour ce partage sur internet , mais aussi pour ce réseau de petites associations que nous créons ensemble avec l’association Yendouboame .. ..
    C’est ainsi dans ces liens concrets d’actions et d’amitié que nous concrétisons cette conscience de l’inter dépendance avec tous nos frères humains .
    J’aime penser que des liens d’amour nous unissent ainsi ….
    Mireille ( Association Maminou )