Pascale : « Vivons dans la joie même avec le VIH ! »

Pascale et Maman Rita, en janvier 2014, lors d'un premier voyage à Dapaong. (Photo M. Dumon.)

Pascale et Maman Rita, en janvier 2014, lors d’un premier voyage à Dapaong. (Photo M. Dumon.)

Pascale Medori, membre de l’association Maminou est retournée à Dapaong, au Togo, donner un coup de main à l’association Vivre dans l’Espérance (VIE) qu’elle connait bien. Six semaine de bénévolat qui n’ont pas été de trop tant il y a désormais de jeunes enfants à prendre en charge ! Mais la Française en a surtout profité pour faire avancer un projet qui lui tient à coeur : montrer, par son propre parcours, que l’on peut être séropositif et heureux !

 

« J’aurai du temps en janvier-février…  si tu veux, je peux venir à Dapaong vous aider ! » Ma proposition a jailli aux oreilles de sœur Marie-Stella en novembre dernier, à Saint-Amand-les-Eaux. Elle était de passage dans le Nord de la France et Mireille Dumon et moi étions venues la rencontrer pour discuter d’un projet de l’association Maminou. Je connaissais le contexte pour y être allée deux ans auparavant, Stella m’a répondu oui.

Maman Rita débordée par les nouveaux-nés
L’urgence était d’aider maman Rita à la maison familiale Sainte-Monique.  Alors que la maisonnée bourdonnait déjà de la présence de près de quatre-vingt-dix filles et jeunes garçons, depuis mi-décembre il fallait pouponner jour et nuit Odile, orpheline à la naissance.

Marie-Gabrielle dans les bras de Maman Rita. (Photo P. M.)

Marie-Gabrielle dans les bras de Maman Rita. (Photo P. M.)

Et voici que le 11 janvier, jour de mon arrivée, une autre maman décédait en mettant au monde son cinquième enfant. « Maman Rita n’est pas près de faire sa ménopause ! » plaisantait Stella.

La petite Marie-Gabrielle (lire son histoire en cliquant ici) a  donc été installée près d’Odile, deux de ses frères aînés ont rejoint aussi l’orphelinat tandis que les deux autres ont été accueillis dans des familles.

Une jeune infirmière parisienne, Agnès, bénévole depuis déjà deux mois, assurait quelques gardes nocturnes. Deux autres infirmières, venues en séjour de découverte, l’ont relayée pendant une quinzaine de jours tandis que je me suis occupée chaque matin de Florence, Thérèse, Rebecca, Samy, Jean-Claude et Christian, rejoints par Philomène et Antoine qui ne comprenaient que le moba (langue locale).

Avec ces bambins non encore scolarisés, s’enchainaient des jeux adaptés aux moyens du bord, des rires et des pleurs, des cris et des disputes, des lectures et des tentatives de sieste… je vous laisse imaginer le folklore.

La bande des petits dont Pascale s'est occupée. (Photo P. M.)

La bande des petits dont Pascale s’est occupée. (Photo P. M.)

Des rencontres avec des personnes séropositives

Mais principalement me tenait à cœur de partager les rencontres entre personnes vivant avec le VIH, et pour cause, j’en fais partie !
Quel étonnement, en 2014, quand j’avais annoncé au groupe de parole du jeudi matin, assis en cercle sous un large manguier, « moi aussi ». Beaucoup croyaient que VIH et sida n’existaient qu’en Afrique…

Je suis à même de comprendre les problèmes vécus et d’apporter un point de vue différent, même si j’ai bien conscience de l’inégalité criante de nos conditions. Sur les 1400 adultes et près de 200 enfants vivant avec le VIH qu’accompagne l’association Vivre dans l’Espérance (VIE), moins de la moitié bénéficient d’antirétroviraux (ARV) fournis par le Fonds mondial via le Ministère de la santé.

Faute de moyens il n’y a plus de médecin, un assistant médical et des infirmiers font de leur mieux. Deux jeunes mères à qui je rendais visite sont décédées, laissant de nouveaux orphelins, vraisemblablement contaminés.

L’injustice des différences de traitements
Le traitement ARV proposé, dit « première ligne », vaut dix euros par mois. Le « deuxième ligne », réservé aux cas les plus graves, en vaut quinze, et si cela ne fonctionne pas ce sera « l’accompagnement à une bonne mort » ! Alors qu’en France, dans chaque grande ville des médecins spécialisés en virologie disposent de dizaines de molécules différentes, avec des ARV au plus près des nouvelles découvertes des laboratoires et valant entre 1000 et 4000 euros par mois !

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Réunion sous le manguier avec les personnes touchées par le virus, à Dapaong. (Photo P. M.)

Et n’oublions pas que si le sida est encore si vivace dans cette région du monde, c’est que celle-ci est déjà frappée par la malnutrition et le paludisme, conséquences d’une pauvreté multiforme (matérielle, sanitaire et éducative). Les estimations de l’Onusida totalisent trente cinq millions de personnes contaminées dans le monde, dont vingt deux millions d’adultes et trois millions d’enfants en Afrique subsaharienne.

Mais une grande leçon pour nous, occidentaux, est de voir l’extraordinaire capacité de ce peuple à ne pas désespérer et à rester dans la joie malgré l’adversité.

« Serais-tu intéressée pour témoigner au Foyer des Jeunes ? » Après déjà quatre semaines de présence à Dapaong, cette proposition d’Anne-Véronique, une sympathique et dynamique sœur missionnaire, donna un nouvel élan à mon séjour et souleva l’enthousiasme du groupe de parole :
« Moi aussi je vais témoigner ! » osa Pauline.
« Il faudrait aussi aller au Centre de soins de Korbongu ! »
« Et à la cathédrale ! »
« Et à la grande mosquée ! »
Les suggestions fusèrent… et devinrent réalité. Stella et le personnel de VIE assurèrent les contacts et m’accompagnèrent selon les besoins. De nouveaux témoignages spontanés surgirent, beaucoup de gratitude fut exprimée, et des demandes d’intervention dans d’autres lieux formulées. La stigmatisation et les préjugés en étaient tout bousculés !

Pascale témoigne dans une école. (Photo D. R.)

Pascale témoigne auprès des jeunes. (Photo D. R.)

Mon témoignage personnel n’était qu’un prétexte pour parler d’estime de soi, de respect de l’autre et de responsabilité de chacun, insister sur l’importance de dire la vérité à ses proches, famille et amis, rappeler les voies de contamination et s’exprimer ouvertement sur la sexualité, inviter à faire le test de dépistage et, plus généralement, inciter au changement des comportements individuels et collectifs. « Ne me jugez pas. On voit la valeur d’une personne à ce qu’elle a dans le cœur, pas à ce qui coule dans ses veines » Tel était mon credo.

Mon séjour s’est terminé par une heure d’interview en direct à Radio Maria Lomé où je concluais par : « Pour tous nos frères, nos sœurs, dans le monde entier, ce qui est important ce sont les valeurs morales, les valeurs spirituelles qu’ils portent, et pas du tout une maladie ou quelque chose de personnel qu’ils ont à gérer, ce n’est pas ça qui les détermine. »

Le personnel de VIE est motivé pour poursuivre ce travail de sensibilisation… et j’ai promis de revenir à leurs côtés dès que possible ! Je sens avoir été guidée et portée par plus grand que moi, ma mission est claire.

En France aussi, il faut témoigner

Mais je suis également déterminée à en faire autant en France. Car ici aussi VIH et sida sont des sujets tabous et propices à discrimination, et même si les soins médicaux sont optimums, beaucoup de personnes contaminées souffrent de mal-être psychologique. Pour qu’ils puissent donner du sens à leur vécu et se sentir utiles, je souhaite leur proposer de parrainer des orphelins contaminés, pour leur offrir subsistance et espoir. Je suis sûre  que cela sera aidant des deux côtés ! Mais le parrainage est bien sûr ouvert à tous…

Si vous voyez prochainement dans votre ville ou sur votre boîte mail ce message : « Vivre dans la joie même avec le VIH, oui, c’est possible. Pascale témoigne de son vécu en France et au Togo, au-delà des tabous », soyez les bienvenus pour une rencontre. Et je me tiens aussi à votre disposition si vous souhaitez une conférence-débat près de chez-vous.

Merci pour votre lecture et à bientôt !

Pascale Medori – pascalemedori@hotmail.fr – 06 89 19 45 06

 

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