Des femmes en bleu approprient les rues de Dapaong

Les femmes trient les ordures ramassées dans les rues de Dapaong (Togo). (Photo M. C.)

Les femmes trient les ordures ramassées dans les rues de Dapaong (Togo). (Photo M. C.)

A Dapaong,  au Togo, à côté des structures de Vivre dans l’Espérance, AFPHY, une autre association s’occupe d’hygiène, de promotion sociale et d’environnement dans un esprit de fraternité très proche de celui qui anime les amis de sœur Marie Stella. D’ailleurs les deux ONG se connaissent et s’encouragent.  Voici un petit coup de projecteur sur les « Femmes de Dapaong »

Quand on lui demande pourquoi elle s’est tant attachée au Togo, au point de poursuivre en France aujourd’hui, le projet entamé là-bas en 2012, Myriam Cappello répond par une anecdote qui en dit long : « Quand j’ai pris ma retraite d’infirmière, après trente-cinq années de travail à l’hôpital, en France, mon directeur n’a pas jugé bon de passer cinq minutes à mon pot de départ. Quand je suis partie de Dapaong après deux années à côtoyer ces femmes formidables, elles qui n’ont rien, m’ont organisé une fête inoubliable ! »

Améliorer statut et ressources
des femmes

Myriam Cappello, dynamique retraitée formée à la gestion de projet humanitaire est

Les femmes d'AFPHY entourent leurs coordinateurs dont Myriam Cappello. (D. R.)

Les femmes d’AFPHY entourent leurs coordinateurs dont Myriam Cappello. (D. R.)

donc arrivée à Dapaong en 2012 pour être la coordinatrice d’un grand projet « eau et assainissement » sur l’amélioration de la distribution d’eau potable, au moyen de « kiosques à eau filtrée » qu’il fallait installer dans les différents quartiers.  Le but premier est de limiter les maladies liées à l’eau.
Ce faisant, Myriam découvre aussi à quel point les ordures, qui en viennent à polluer l’eau, sont aussi un problème dans les rues de cette cité de 65 000 habitants. « L’hygiène et la gestion de l’environnement avaient besoin d’être améliorés, constate-t-elle, et d’un autre côté, de nombreuses femmes âgées de plus de quarante ans, étaient sans ressources, souvent reléguées par leur communauté. » D’où l’idée de rassembler des femmes volontaires en petits comités de quartier pour ramasser les ordures ménagères des habitants qui accepteraient de payer un abonnement, au prix évolutif selon leurs ressources. « Grâce à cet argent et aux gains tirés de la récupération de certaines ordures, nous avons pu rémunérer ces femmes » explique la Française. Démarré en 2012, ce projet appelé « AFPHY» pour « Association féminine pour la promotion de l’hygiène », donne désormais du travail à cent femmes de Dapaong.

Chapeau et blouse bleue

Une AFPHY parcourt les rues qui bordent le marché de Dapaong. (Photo D. R.)

Une AFPHY parcourt les rues qui bordent le marché de Dapaong. (Photo D. R.)

Tous les jours, coiffées et de leur large chapeau de paille et vêtues de leur blouse bleue au logo de l’association, les « AFPHY » parcourent les quartiers. Armées de brouettes, pelles et cuvettes, elles approprient les alentours des maisons abonnées. Puis, elles se regroupent sur les aires de tri et recyclent et revendent ce qui peut  l’être : métaux ; textiles, objets divers… Elles transforment aussi en compost les ordures organiques. « Elles vendent ce compost ou l’utilisent pour améliorer le rendement de champs qu’elles cultivent. Ces femmes ont ainsi acquis une véritable autonomie financière » raconte Myriam Cappello.

Mais leur rôle ne s’arrête pas là : les AFPHY interviennent dans les écoles pour sensibiliser les jeunes à se laver les mains, à ne pas jeter d’ordure par terre, à organiser des journées « quartiers propres », etc. Cette action pédagogique valorise leur travail et leur confère un statut social positif aux yeux des habitants de Dapaong. Et en fournissant du compost aux agriculteurs, elles incitent ces derniers à moins utiliser d’engrais chimiques, qui coûtent cher et épuisent la terre.  Un bon point de plus pourAFPHY4

Tamissage pour la finition du compost qui va être utilisé pour fertiliser les champs. ( Photo D.R.)

Tamissage pour la finition du compost qui va être utilisé pour fertiliser les champs. ( Photo D.R.)

l’environnement de cette région sahélienne qui souffre du déboisement et d’une accélération de la sècheresse.

Myriam Cappello, très fière du travail de ses amies, a écrit un ouvrage, sobrement intitulé « Femmes de Dapaong » (*) pour leur rendre hommage, leur donner la parole et mieux faire connaitre leur travail aux yeux des Français. « J’espère aussi toucher des mécènes et pouvoir passer à l’étape suivante, explique-t-elle. A savoir, construire une véritable aire de compostage sur le terrain que la mairie de Dapaong a promis de libérer pour l’association. » Leur confier la gestion des kiosques à eau, des latrines publiques dans les différents quartiers fait aussi partie des projets futurs pour ces habitantes qui traitent déjà 10% des ordures ménagères de leur ville… en l’absence de tout autre service organisé.
Sophie Laurant
couverture_livre(*) Co-écrit avec Gabrielle Huet, éd. L’Harmattan, 17 €.

Le site du projet : https://femmesdedapaong.wordpress.com/

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