Pèlerin en reportage à Dapaong, auprès de Soeur Marie Stella

Jean, "enfant" de l'association"Vivre dans l'espérance" (VIE), devenu l'un des membres actifs, et Soeur Marie Stella, présidente-fondatrice, au siège de VIE . (Photo Sophie Garcia).

Jean, « enfant » de l’association »Vivre dans l’espérance » (VIE), devenu l’un des membres actifs, et Soeur Marie Stella, présidente-fondatrice, au siège de VIE . (Photo Sophie Garcia)

Marie Stella, le retour ! Depuis sept ans, vous, lecteurs de Pèlerin, soutenez avec générosité sœur Marie Stella et son association Vivre dans l’espérance (Vie). Grâce à vous, au Togo, cette infirmière au tonus incroyable, qui se bat depuis presque 20 ans pour les malades du sida et les orphelins, vient d’inaugurer le centre Maguy, un centre de soins modèle. Tout en continuant à lutter contre « toutes » les pauvretés. Qui mieux qu’un enfant grandi dans le sillage de notre religieuse-infirmière pour expliquer les miracles accomplis là-bas ? Jean Yoabone, 28 ans, bientôt salarié de l’association, témoigne.  Si les besoins sont immenses, la créativité de Marie Stella l’est aussi. Aussi débordante et riche que le charisme de la religieuse. Aussi nous sollicitons-vous une nouvelle fois pour donner un coup de pouce à cette formidable association.

Jean Yoabone :  « Marie Stella est plus qu’une mère pour moi. »

Jean donnant un cours de soutien aux garçons de la maison Saint-Augustin, où résident de jeunes orphelins pris en charge par l'association de Soeur Marie Stella. (Photo Sophie Garcia).

Jean donnant un cours de soutien aux garçons de la maison Saint-Augustin, où résident de jeunes orphelins pris en charge par l’association de Soeur Marie Stella. (Photo Sophie Garcia).

Depuis novembre, je travaille comme stagiaire pour la communication de l’association Vivre dans l’espérance (Vie). Je serai bientôt salarié. Si l’occasion m’en est donnée, je passerai toute ma vie à servir l’association. Je ne vais pas pouvoir rendre en totalité tout ce que j’ai reçu ! Mais des gens qui n’ont aucun lien familial avec moi m’ont aidé à construire ma vie. A mon tour de m’engager.

Mon père, professeur de français au lycée public de Dapaong, est mort quand j’avais 8 ans. Ma maman, couturière, est morte deux ans plus tard. Je sais maintenant qu’ils sont morts du sida. Petit, je me souviens avoir vu mon père malade. Il partait se faire soigner, au Ghana voisin, où l’emmenait un de ses amis. Quand mon père est mort, des gens m’ont demandé : « De quoi est-il mort ? » Des proches me disaient qu’il était mort du sida. Moi, je savais juste qu’il était gravement malade.  A sa mort, j’étais en CE1. On m’a détaché de ma maman et envoyé vivre chez l’ami de mon père qui l’emmenait au Ghana. Pour des raisons financières, et pour que j’aie une bonne éducation. Cet « oncle » vivait loin de Dapaong. Il était conseiller agricole. Bien que chrétien, il avait deux femmes et six enfants. Les deux mamans ne faisaient pas de différence entre leurs enfants et moi. Mais c’était dur de quitter ma mère. David, mon petit frère, âgé de 7 ans de moins que moi, me manquait. Je les voyais une ou deux fois dans l’année.

Puis ma mère est tombée malade. J’avais dix ans. On m’a fait venir auprès d’elle. Elle m’a donné des conseils sur ce qu’il faut faire dans la vie. Des recommandations sur les relations sexuelles, à cause du sida. Des conseils aussi sur les études : elle m’a demandé de les prendre au sérieux. A sa mort, je suis resté chez l’ami de mon papa. Mon frère, lui, est allé chez mon oncle paternel, dans un village à plusieurs kilomètres de Dapaong. Cette même année, les sœurs, qui avaient soigné mon père, ont demandé à mon « oncle » si elles pouvaient me rencontrer. Alors je suis allé avec lui à Dapaong pour faire connaissance.

A la rentrée suivante, j’étais au collège. Plusieurs fois par mois, je marchais 2 ou 3h pour aller voir mon frère au village. En 5e, avec l’aide des sœurs, mon « oncle » m’a scolarisé à Dapaong, pour que je sois plus près de mon frère. J’étais hébergé chez un ami de mon  « oncle ». Ca ne s’est pas bien passé. Il m’envoyait faire les champs dans son village. Parfois, il me battait.  Heureusement, tous les mercredis soirs, j’allais à Sainte-Monique (une des maisons familiales où vivent les orphelins, ndlr) pour des chants, des danses, des émissions de radio, avec les camarades et Tonton Honoré (un éducateur, ndlr). J’étais un peu timide. Voir les autres s’amuser me donnait envie mais je n’avais pas le courage… Quand j’ai compris que mes camarades avaient la même histoire que moi, cela m’a réconforté.

J’ai redoublé ma 5e tellement j’étais mal. Alors mon « oncle » m’a fait revenir chez lui. Je me suis éloigné de Dapaong. Honoré me rendait visite régulièrement. Il vérifiait que j’allais bien et suivait ma scolarité. Trois à quatre fois par an, je partais pour Dapaong. Avant Pâques et Noël, j’allais y chercher une tenue de fête offerte par Vie. A chaque fois, je voyais les camarades.

De la 6e à la terminale, j’ai eu un parrain, le docteur Louis Force, de Toulon. Une personne qui ne me connaissait pas (sauf à travers des photos) mais avait de l’affection pour moi, et la bonne volonté de m’aider dans mes études. Je lui posais des questions sur sa famille. Il m’a même envoyé une photo de sa famille. Une personne pensait à moi ! Je le considérais comme un membre de ma famille et j’ai toujours prié pour lui. Régulièrement, mon « oncle » venait recevoir de l’argent de sœur Marie Stella, pour me nourrir et me scolariser.     A la fin de la 3e, je me suis installé à la maison Saint-Augustin, qui venait d’être construite par Vie pour les garçons les plus âgés. Je me suis très vite adapté. J’ai retrouvé des visages connus, notamment Maman Rita (la responsable, ndlr), que tout le monde considère comme sa maman. J’ai passé mon brevet des collèges sans problème.

J’ai mieux compris ce qu’était le sida à travers la sensibilisation faite par

Soeur Marie Stella et Jean au siège de l'association "Vivre dans l'espérance".

Soeur Marie Stella et Jean au siège de l’association « Vivre dans l’espérance ».

l’association. A l’âge de 16 ans, j’ai proposé à Maman Rita de l’aider dans la surveillance des enfants infectés, pour la prise des antirétroviraux (médicaments contre le virus du sida, ndlr) à 7h et à 18h. Elle a été émue de ma proposition. J’ai donc aidé. Les enfants infectés sont parfois fatigués. Il faut les encourager. Quand c’est une personne de mon âge, c’est parfois plus facile. Ni moi ni mon frère David ne sommes infectés par le virus.     Au lycée, ça se passait bien. Quand je réfléchissais à mon avenir, je me voyais bien faire de l’astronomie. Mais il n’y a pas d’école d’astronomie au Togo… Alors j’ai choisi une matière un peu proche, la géographie. J’imaginais un métier dans les structures gouvernementales, dans les statistiques de climatologie.     Quand j’étais en seconde, David était toujours au village. J’allais très souvent le voir, à vélo, je mettais 2 heures. J’étais inquiet pour son évolution à l’école. J’avais envie qu’il vienne à Dapaong. J’en ai parlé à Maman Rita et à Sœur Marie Stella. Il est arrivé pour son CM2, en 2009. Moi, je venais de passer mon bac, je n’y étais plus. Après le bac, j’ai fait une licence de géographie en 4 ans, à Kara, à 210 km de Dapaong. On logeait à 16 dans des maisons louées par l’association. On revenait à Dapaong pendant les congés. On avait parfois la nostalgie…
En parallèle, je me suis formé au montage vidéo en téléchargeant des cours sur Internet. Quand je suis revenu à Dapaong, j’ai aidé l’association pour le site Internet, de façon bénévole, pendant 1 an. Vie m’a alors proposé une formation à la gestion de projet, à  Ouagadougou, au Burkina-Faso voisin. Là-bas, j’ai vécu dans une maison en location, payée par l’association. Depuis mon retour, je loge à Saint-Augustin pour aider la responsable. J’ai poussé les garçons à donner un coup de main à la gestion de l’eau, au ménage, aux comptes. Le soir, je leur fais répéter leurs leçons. Bientôt, j’aurai un appartement que je paierai avec mon indemnité de stage.
Mes parents n’étaient pas catholiques. En 5e, j’ai commencé le catéchisme. Mon nom de naissance est Namenibe. J’ai été baptisé à 11 ans, et ai choisi le nom de Jean, comme l’apôtre. Parce qu’il était la personne la plus proche de Jésus. N’eût été la présence de Dieu, ce que fait l’association n’aurait pas été possible. Plusieurs événements se sont succédé, et nous ne nous en sommes sortis que par la prière.
Marie Stella est plus qu’une mère pour moi. L’amour et l’affection qu’elle m’a donnés, je ne pense pas que j’aurais pu les recevoir de ma mère biologique. Parfois, je me demande comment elle arrive à être aussi proche des personnes. Elle les met toutes au même niveau, enfant ou adulte. Elle m’inspire dans sa façon d’être proche des pauvres. Je crois que ce n’est que par la prière qu’on y arrive.
J’ai eu la chance de grandir ici, avec l’association. Ce n’est pas donné à tout le monde de vivre avec des personnes avec qui tu partages une histoire. Avec 45 « anciens », nous sommes en train de créer le groupe des anciens. Je veux venir en aide à Vie, soutenir mes petits frères et sœurs sur le plan scolaire. Et les aider à construire leur vie, pas simplement du point de vue matériel mais aussi sur le plan spirituel. Aujourd’hui, oui, j’ai tout pour réussir ma vie.

Le nouveau centre de soins est ouvert ! Caravane pour l'inauguration du Centre de Santé Maggy à Dapaong.
Un peu moins de deux ans après le début des travaux, le centre de soins Maguy est opérationnel ! Le 25 mars, une foule de plus de 500 personnes, emmenée par un défilé en fanfare organisé par la centaine d’enfants des maisons familiales de l’association, a découvert le nouveau dispensaire. Sur un immense terrain donné par le gouvernement, un bâtiment fonctionnel et vaste (salles de consultation médicale et psychologique, pharmacie, 25 lits), financé pour 69 % par vos dons (99 614 €). Ce petit hôpital s’annonce comme la clé de voûte d’un « complexe » médical : une maison d’accueil pour les familles, une cantine, une chapelle. A terme, une maternité et une école pour les enfants malades devraient compléter le dispositif. Grande fête, donc, le 25 mars, en présence de sœur Marie Stella, entourée du préfet, du maire, de l’évêque, de l’imam et de votre représentante, Marie-Christine Vidal, rédactrice en chef adjointe de

La journaliste envoyée spéciale de Pèlerin, Marie-Christine Vidal. (Photo Sophie Garcia).

La journaliste envoyée spéciale de Pèlerin, Marie-Christine Vidal. (Photo Sophie Garcia).

Pèlerin (eh oui, votre hebdomadaire jouit, grâce à votre générosité, d’une notoriété phénoménale à Dapaong). Cette première étape franchie, nous vous en proposons… une deuxième ( ).

Marie-Christine Vidal

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