Soeur Marie Stella raconte son expérience au Forum mondial sur la Paix

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Soeur Marie Stella, à Paris, à l’automne 2018. Photo O. Donnars/Ciric.

A l’initiative de l’ambassade de France au Togo, Soeur Marie Stella a été sollicitée pour participer au Forum sur la Paix qui s’est tenu à Paris,du 11 au 13 Novembre 2018. « Je ne pourrai pas vous faire le compte-rendu de tout le forum, mais de quelques points qui m’ont interpellée et fortifiée dans mon engagement dans la lutte contre le sida, la pauvreté et pour la dignité humaine. » explique la religieuse après son séjour. Elle nous livre ici un petit compte-rendu et les réflexions que ces rencontres lui ont inspirées : logo forum paixParticiper au Forum international sur la Paix a été un moment que j’ai porté avec gratitude. J’ai été très touchée en tant que religieuse (la seule) dans le grand rassemblement; de sentir et remarquer que tous nous n’avons qu’un désir : La paix dans nos cœurs, nos familles, nos sociétés, nos pays, dans le monde entier. Et ceci demande une collaboration, un accueil de chacun à tous les niveaux. Ceci demande une considération de tous, riches, pauvres… J’ai été impressionnée de réaliser que notre « petite goutte d’eau » de Vivre dans l’Espérance était importante pour l’avancée du monde. C’est l’histoire du colibri

Je tiens à rappeler dans quel contexte et quelle vision ces journées ont été importantes. Cet événement cherchait à raviver la coopération internationale et à améliorer la gouvernance mondiale dans les domaines suivants : paix et sécurité; nouvelles technologies; économie inclusive; environnement; développement. Cette rencontre internationale visait aussi à mettre en relation les acteurs de la gouvernance mondiale (décideurs politiques, dirigeants d’organisations internationales, organisations non gouvernementales, entreprises, chercheurs…)
Merci, avant tout, à Monsieur Marc Vizy, Ambassadeur de France au Togo, qui a eu l’initiative de m’associer à cette grande rencontre pour laquelle je ne me sentais pas à la hauteur. Mais je l’ai accueillie au nom de ma foi et au service des plus pauvres et vulnérables, au nom de tous ceux qui se battent nuit et jour avec nous pour plus de dignité, de paix, de justice.
Politiques, associations, ONG, chefs d’Etat, religieux, journalistes etc… tous rassemblés pour la même cause : La paix sans laquelle rien n’est possible dans la vie.
Plusieurs porteurs de projets étaient présents dans les stands (187 projets au total). Beaucoup d’entre eux venaient de pays anglophones, de nombreuses conférences étaient en anglais, sans traduction en français. Mais j’ai pu participer aux débats en français. Les thèmes étaient très intéressants, même s’il m’était difficile d’aller partout.  Voici ce que j’en ai retenu :

Thème 1 : Les conflits identitaires sont ils solubles
dans le dialogue inter-religieux ?
Il ne s’agit pas de promouvoir une religion mais s’assurer du dialogue interculturel. Si l’on

Les débats se déroulaient à la Grande halle de La Villette, au nord de Paris. (Photo S. Giret)

Les débats se déroulaient à la Grande halle de La Villette, au nord de Paris. (Photo S. Giret)

veut lutter contre les inégalités, il faut voir tous les aspects, essayer de comprendre l’autre dans ces difficultés, aller ensemble vers les mêmes objectifs communs. La religion n’est pas la seule cause de conflits. Beaucoup de personnes utilisent la religion pour combattre l’Homme.
Or, il ne faut jamais ramener l’homme à sa seule dimension religieuse. Nous devrions travailler ensemble pour libérer les peuples et aller vers une paix durable.  « Les religieux sont responsables des conflits de religions » selon un intervenant. D’où la nécessité de travailler à libérer les peuples. Promouvoir l’humain pour l’humain; travailler sur le long terme car la paix ne se construit pas en un seul jour; exhorter à poursuivre le dialogue, travailler ensemble dans l’inter culturalité.

Thème 2 : En finir avec les inégalités hommes – femmes
Sur près de 200 pays au monde, seulement 26 états ont une femme à la tête de leur diplomatie. Des inégalités se creusent de plus en plus dans notre société, où la femme est de plus en plus vulnérable. Nous devrions savoir donner la voix aux classes vulnérables dans les entreprises, les prises de décisions. Beaucoup d’associations et ONG travaillent nuit et jour dans l’ombre, pour relever ses défis. En Afrique, beaucoup de femmes illettrées ont du mal à trouver leur place en famille, dans la société. Aujourd’hui, tous ont droit au travail, homme ou femme. Nous devrions travailler à l’éducation des jeunes filles, promouvoir leur scolarité. Ensemble, faisons avancer la Paix en travaillant pour la dignité de la femme.
On a besoin de créer une action pour rééquilibrer la relation homme – femme. Par l’estime de soi. Il y a des pays où il y a trop d’obstacles institutionnels. Le changement doit aller jusqu’aux plus petits, aux sans voix. Il faut de la visibilité, prendre en compte la voix des femmes qui vivent dans une extrême précarité, en les formant à la santé, à l’éducation de leurs enfants, aux commerces. Il faut valoriser le pouvoir économique de la femme rurale.

Thème 3 : Sport et diplomatie : une alliance en or
Le sport fait vibrer la terre entière. Il n’est pas seulement bénéfique pour notre bien-être ou santé. C’est aussi un formidable facteur d’inclusion, de réconciliation, voir de Paix. Tout sport amène à la Paix durable, à une action qui ne tient pas compte des religions, de la couleur. Tout sport amène vers une réconciliation. Le sport est une activité sociale par sa nature. Dans les camps de réfugiés, le sport a beaucoup aidé à se libérer des conflits internes et à retrouver la joie de vivre, même dans des situations dramatiques.
La Fondation YURI (YDF) en a fait une très belle expérience en France.

L'espace accueillait des conférences, des ateliers et de petits stands où des porteurs de projets expliquaient leur démarche. (Photo D. R.)

L’espace accueillait des conférences, des ateliers et de petits stands où des porteurs de projets expliquaient leur démarche. (Photo D. R.)

Thème 4 : Migrations internationales : la longue route
vers une approche globale
Il est urgent d’avoir une approche plus humaine pour moins de souffrance humaine. Nous devrons travailler avec les forces de sécurité, les ONG, les Etats. 8% de migrants meurent aux frontières. On a besoin d’une approche gouvernementale. Il y a une trop grande absence de cohérence gouvernementale.
Il faut savoir reconnaître le besoin du migrant. Les migrations ne sont pas des problèmes, mais des approches de solutions. Mener le monde vers des égalités. Car les inégalités sont énormes. Le développement permettra de résoudre ce problème. La solidarité a toujours été difficile. C’est une situation pire qu’une guerre, une honte politique.

Les gouvernements doivent s’unir. La réponse nationale ne suffit pas. La méthode internationale est plus efficace. Les migrants ont quelque chose à nous apporter si nous les considérons comme des frères. On a besoin de comprendre de où ils viennent, pourquoi fuient-ils leur pays ?
Ils sont à la recherche d’une meilleure condition de vie. Nous avons besoin d’une approche globale avec des normes juridiques : réguler, encadrer. Le traitement des migrants est trop violent aux frontières. Si on voit le migrant comme un problème, on ne trouvera jamais de solution. Impliquer les gens dans leur développement sinon pas de solution, ni de paix.Intégrer les migrants en amenant à vivre ce qu’ils faisaient dans leur pays.

Thème 5 : Guerre commerciale : risque d’emballement
Après la crise financière de 2008, les principaux pays industrialisés ont fait des efforts considérables. Dix ans plus tard, nous parlons de guerre commerciale par-delà les rives de l’Atlantique et du Pacifique. Beaucoup d’entreprises souffrent des augmentations des droits de douanes. Trop de règles en cause, certaines inquiétantes. La solution avec la Chine et l’Union Européenne consiste à respecter les règles. Le monde en développement doit se soucier de la classe moyenne.
Les pays en développement sont en grande souffrance. Ils sont les premières victimes de cette guerre commerciale. Il faut 16 ans pour devenir membre de l’OMC (Organisation Mondiale pour le Commerce). Quand on est membre, on a beaucoup d’opportunité, et l’économie évolue. L’OMC doit revoir ses conditions d’administration des états pauvres afin de les intégrer.
Mais comment faire avancer la justice sociale ? Il faut un marché spécial pour l’Afrique; car les plus petits producteurs ne gagnent rien. La gouvernance doit être de bonne qualité (par exemple le coton).
Un autre problème pour aider les pays en voie de développement est l’utilisation des antibiotiques. Pourquoi ne pas les aider à fabriquer des médicaments dans leur propre pays ?

Thème 6 : Contrôle des armes
Au cours des dernières années, l’objectif de contrôle des armements et de non-prolifération a été au cœur de l’agenda international en matière de sécurité. Les progrès en la matière ont sensiblement ralenti. Cette session ouvre un débat sur les initiatives qui apportent un nouveau souffle à ce processus. Comment avancer sur le désarmement nucléaire ?
Nous devons libérer le monde de l’armement. C’est souhaitable, mais est-ce possible ? Certains pays font des efforts par contre d’autre font la course à l’armement, comme la Corée du Nord, le Japon, la Chine… Les états nucléaires ne sont pas d’accord pour le désarmement. Ils trouvent que c’est une menace au terrorisme. Les efforts doivent se faire dans chaque pays, c’est le chemin de la paix.

Thème 7 : ONG : Un espace vital en peau de chagrin

Ces dernières années, la marge de manœuvre des acteurs non gouvernementaux n’a cessé de diminuer, y compris au sein des démocraties libérales. Ce débat permet de discuter des trajectoires et des conséquences de telles évolutions ainsi que des défis auxquels sont confrontés les ONG. Par ailleurs, quel rôle attribuer à la philanthropie dans ce contexte de changements ?
C’est un secteur essentiel pour l’avenir du service caritatif, bénévole… Les ONG font un travail remarquable dans les communautés de base. Leur contribution est durable et essentiel dans en zone en développement . Mais beaucoup d’ONG souffrent d’un manque de transparence. Bien souvent aussi, on croit donner ce qui est bon et on n’implique pas ceux que nous servons. C’est une erreur. Il faut être indépendant, transparent et efficace pour les bénéficiaires.
Nous devons aider les systèmes et les organismes caritatifs. « L’Afrique est un continent très riche, mais les gens sont très pauvres, car il y a une médiocrité au niveau des gouvernements. »« Nous avons une terre qui peut accueillir tous, il peut y avoir des raisons antérieures (guerres, colonisation, …).»
La gouvernance doit tenir compte : des droits et de la sécurité. Mais est ce que les pauvres ont des droits aux tribunaux ? Les enfants peuvent ils aller à l’école ? Le gouvernement est responsable de tout ce qui fait évoluer son peuple. La démocratie n’est pas le vote tous les quatre ans mais l’implication des pauvres.
Croyons à la charité. Trop de lois passent pour tuer les fonds des initiatives privées. Les gouvernements ne supportent pas les critiques des ONG, Associations pour améliorer leur mission. Leur travail est très important. On a besoin que les gouvernements donnent des reconnaissances à ceux qui ont très bien travaillé.

Il faut des actions concrètes au niveau international. Travailler ensemble à comment lever des fonds pour les ONG. Ceci demande que le gouvernement soutienne leur action et que le travail se fasse ensemble pour avancer : Le dialogue est essentiel;  il faut prendre en compte le contexte local et les besoins ; savoir prendre position pour pointer ceux qui martyrisent les autres;  il faut que la communauté internationale parle pour défendre les petits.

Même s’il y a du pessimisme, mais il y a de l’espoir, il y a des solutions qui viennent des ONG : Créer des indicateurs pour évaluer les actions des ONG.  Il faut de la collaboration. Construire ensemble, peu importe d’où viennent les idées.

En conclusion :

Il convient de souligner qu’à la fin de chaque thème, j’utilisais mon temps de pose pour des rencontre personnalisée avec les porteur d’entreprises pour échanger les expériences et les réalités de nos lieux de provenances.
Tous les thèmes qui ont été abordés tenaient sur un seul objectif : aller vers la paix mais une paix durable. C’est un processus, et à tous les niveaux, nous devrions tenir le cap pour y arriver.
Sur les 120 projets, 10 ont été retenus pour l’année 2018-2019 jusqu’au prochain forum. Voici quelques uns de ces projets : Les jeunes; l’agriculture biologique;  combattre la torture; la charte de la démocratie numérique; un championnat international; le partage des valeurs au sein d’une entreprise ; guérir les traumatismes dans la parité hommes-femmes.

Merci au président français pour cette initiative et à tous les porteurs de projets, signes d’espérance et de paix. Merci à tous les conférenciers de haute stature qui nous ont aidés à comprendre les situations qui entravent la paix. Merci aux invités soucieux et porteurs de l’avenir avec tous. Merci aux organisateurs. Merci à Monsieur l’ambassadeur de France au Togo, à son personnel de m’avoir associée à ce grand projet.

Ce temps m’a permis d’élargir l’espace de ma prière avec tous ces visages dans les multiples projets présentés petits comme grands. Oui la Paix aura tous les âges, la Paix sera toi, sera moi, sera nous et la Paix sera chacun de nous.

Sœur Marie Stella

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