Le journal de Jean (I), en visite à Vivre dans l’Espérance

Jean, Charle, Babeth et Richard (de gauche à droite), sur la route entre Ouagadougou et Dapaong. (Photo J. D.)

Jean, Charles, Babeth et Richard (de gauche à droite), sur la route entre Ouagadougou et Dapaong. (Photo J. D.)

Jean Delannoy, 63 ans, tout jeune retraité du Nord, nous raconte comment, un matin de novembre 2018, il en est arrivé à prendre un avion à Bruxelles vers Ouagadougou (au Burkina Faso) pour rallier ensuite par la route, Dapaong (au Nord Togo), accompagné par Richard, médecin retraité et Babeth (Elisabeth) Dejonge, qui sont déjà allés à Dapaong en 2017.
Au départ, Jean a été incité à cette aventure par Jeanne, sa fille, qui avait séjourné deux fois chez Soeur Marie Stella. Finalement, à l’automne, il a décidé de sauter le pas et de découvrir par lui-même l’association Vivre dans l’Espérance.
Voici la première partie de son formidable journal, rédigé sous forme d’emails envoyés à sa famille. Une belle introduction pour ceux qui ne connaissent pas encore l’association de Soeur Marie Stella, ou pour ceux qui veulent des nouvelles de nos amis de Dapaong.

En route pour Dapaong

Avant le départ
J’ai une certaine appréhension de me lancer dans cette aventure. Mais je fais confiance à

Soeur Thérèse Marie conseille Jean Delannoy. (photo D. R.)

Soeur Thérèse Marie conseille Jean Delannoy. (photo D. R.)

notre Père qui m appelle et pour qui j ai plaisir à lui répondre positivement. Et je sais par ailleurs qu’une petite étoile veille et veillera sur moi durant ce voyage.
En mai 2018, j ai rencontré soeur Marie Stella, avec l’aide de soeur Thérèse Marie. Soeur Thérèse Marie est le relais, à Saint-Amand-les-Eaux (Nord), de l’association Vivre dans l’Espérance (VIE). Soeur Marie Stella en est la responsable, l’animatrice, la catalyseuse…  Elle m a confirmé cet appel. Puis soeur Thérèse Marie m’a mis en contact avec Richard et Babeth pour m aider dans les démarches.
Nous avons alors assisté à deux spectacles de Soli’coeur, en septembre : l’un à Saint-

Amand, le second à Reims : des jeunes de Dapaong dansant, encadrés par Soeur Marie Stella. Quel enthousiasme ! Quelle joie de vivre se dégage d’eux ! C était pour moi un avant-goût de ce que je pouvais imaginer au travers de ce que m’en avait dit ma fille

Jeanne, la fille de Jean retrouve ses amis, les chanteuses de Soli'choeur, à Reims, en septembre dernier, lors d'un concert. (Photo J. D.)

Jeanne, la fille de Jean retrouve ses amis, les chanteuses de Soli’choeur, à Reims, en septembre dernier, lors d’un concert. (Photo J. D.)

Jeanne, partie deux fois séjourner à Vivre dans l’Espérance.

Bien arrivé à Ouagadougou
Nous avons d’abord pris le train de Mons à Zawentem, puis décollé de Bruxelles vers 12h. Le vol s est bien déroulé.J’ai trouvé le survol du désert impressionnant : des étendues de sable à perte de vue (cela m’amène à me poser la question de l’avenir de notre planète, avec le réchauffement climatique en cours). Nous sommes bien arrivés a Ouagadougou (Burkina-Faso) vers 17h30, avec une heure de décalage par rapport à Paris.
Tout le monde nous souhaite « Bonne arrivée », expression locale d accueil. Après avoir récupéré les bagages, nous partons vers la pension Notre Dame de Lorette. Notre transfert est assuré par Charles, le chauffeur de VIE.
Au restaurant  » La Forêt », j ai mangé de la langue avec des aloco (banane plantifaire) : c est local et bon. Sur le chemin du retour, Ouagadougou semble mort, sans doute à cause de l’ambiance, après les attentats du début d’année.

En attendant Soeur Marie Stella
Jeudi 15 novembre : réveil vers 7h pour petit déjeuner vers 7h30. Ensuite nous avons passé la journée sur Ouagadougou pour attendre Soeur Marie Stella qui rentrait de Paris car elle participait au Forum de la Paix. Le matin, nous avons visité le Village artisanal de Ouagadougou dont le financement a été en partie réalisé par le Grand Duché du Luxembourg. Nous avons pu découvrir les coulisses des ateliers avec les artisans. C était très sympa de voir les articles se réaliser (bois, bronze, tissus,….). Et vers 16h, nous sommes allés visiter la cathédrale de Ouagadougou qui est très sobre.

Premières impressions d’Afrique
Vendredi, nous retrouvons soeur Marie Stella. Quelle santé et quel dynamisme elle a !

Soeur Marie Stella, la fondatrice et la directrice de Vivre dans l'Espérance, manifeste une énergie sans faille, nourrie par une profonde spiritualité. (Photo O.

Soeur Marie Stella, la fondatrice et la directrice de Vivre dans l’Espérance, manifeste une énergie sans faille, nourrie par une profonde spiritualité. (Photo O. Donnars/Ciric)

Un grand merci à Notre Père de pouvoir croiser une telle personne sur notre chemin, mais aussi et surtout, ces enfants de Dapaong. Et nous prenons la route à cinq dans la voiture. Nous devons laisser des bagages que nous avons convoyé jusqu’à Dapaong. Charles, revenant ce week-end à Ouagadougou, les récupérera : en effet il ramène un groupe de cinq pédiatres de l’ association Pédiatres du Monde qui sont venus aider à la mise en place de la structure de pédiatrie à l hôpital Maguy.

Notre chauffeur Charles est très prudent, il ralentit avant chaque bosse, nombreuses sur la route.  Nous avons pu voir des ânes comme moyen de traction aux côtés d’énormes camions descendant jusqu’à Lomé. nous apercevons quelques champs de coton où les femmes font la cueillette, mais aussi des stands d’essence frelatée dans des bidons ou bouteilles. Nous avons pu découvrir des « concessions » (c’est à dire des lotissements de maisons) : elles sont en terre, donc à reconstruire après de très fortes pluies. C’est pour cette raison que nous commençons à voir des logements en parpaings  couverts de tôle. Enfin nous arrivons à Cinkanse qui est le point de passage entre le Burkina Faso et le Togo. Nous sommes enregistrés par les douaniers burkinabés sur des cahiers… Mais tout

Tonton Marcel, à droite, en compagnie de deux membres du Conseil d'administration de VIE (Photo J. D.)

Tonton Marcel, à droite, en compagnie de deux membres du Conseil d’administration de VIE (Photo J. D.)

se passe très bien. Et soudain, nous sommes au Togo. Reste à faire 50kms : le parcours d’une distance de 350kms aura duré 7h pour arriver à Dapaong vers 14h30 à la maison Saint-Jean où nous résiderons pendant notre séjour.

Installation
Là, nous faisons connaissance du groupe des cinq pédiatres. Et ensuite Tonton Marcel qui est le bras droit de soeur Marie Stella. Dans la foulée, nous déchargeons les  bagages. Et nous mangeons. Puis je prends possession de ma chambre dans laquelle je range mes affaires. Une bonne douche pour me rafraichir mais surtout pour me faire beau car je vais rencontrer Mabelle, 12 ans, qui est la filleule de Jeanne.

A la rencontre des Enfants de Vivre dans l’Espérance

Mabelle et son amie Jeannette, accueillent Jean à Sainte-Monique. (Photo J. D.)

Mabelle et son amie Jeannette, accueillent Jean à Sainte-Monique. (Photo J. D.)

« Bonne arrivée » à la Maison Sainte-Monique
Vers 16h 30, Richard, Babeth et moi prenons la direction de Sainte-Monique, lieu de résidence de Mabelle. Toutes les personnes que nous croisons nous disent « bonsoir » (car il est passé midi) ou  » bonne arrivée » ainsi que  » yovo, yovo » (ce qui correspond à « Blanc « ). Nous sommes accompagnés de petits enfants qui nous tiennent par la main, qui nous demandent notre prénom après nous avoir donné spontanément le leur. Les chemins sont en terre sur lesquels nous croisons chiens, porcelets dans des petites parcelles de maïs…

A la maison Sainte-Monique, une multitude de petits nous entourent, ne nous lâchent pas. Richard et Babeth reconnaissent des visages qu ils ont vus l’année dernière. Nous allons à la rencontre de Maman Rita qui gère cette institution qui regroupe 88 enfants, le plus jeune étant âge de moins de 20 mois,  avec une trentaine d’ adolescentes  » soeurs » responsables des plus petits. Quel dévouement sept jours sur sept et toujours avec le sourire !

Rencontre avec Mabelle
Et l’instant tant attendu, espéré mais aussi appréhendé arrive : la rencontre avec Mabelle. Mabelle arrive derrière moi, en silence. Un grand moment d’émotion. Je m’éloigne du groupe pour la prendre sur mes genoux. Nous échangeons sans nous

Joseph et Marie Reine, la fille de Maman Rita, travaillent désormais pour l'association. (Photo J. D.)

Joseph et Marie Reine, la fille de Maman Rita, travaillent désormais pour l’association. (Photo J. D.)

parler mais du regard et par les mains. Et son sourire, ses beaux grands yeux ronds, ses belles dents blanches… Waoh ! Mabelle ne me lâchera plus la main.

La petite prend son traitement. Les enfants attroupés nous racontent des histoires.

Mais il faut manger, ce que je fais promettre à Mabelle. Il faut nous quitter, alors elle me raccompagne jusqu’à la porte.

Retour à la maison Saint-Jean, mais avec le coeur serré… Là, nous mangeons, nous

parlons avec le groupe de pédiatrie. Et  Joseph, l’un des premiers avoir pu bénéficier de

l’association Vivre dans l’Espérance après le décès de sa maman, vient nous retrouver. Il est désormais adulte et très impliqué dans l’association.

Premier week-end à Dapaong  

Découverte du centre de soins Maguy
Samedi matin, direction : le centre de soins Maguy où Richard, Babeth et moi retrouvons Maman Rita avec une quinzaine d’enfants ayant quelques soucis de santé, qui doivent passer une consultation médicale. Le groupe d’enfants est calme car Maman Rita a une autorité naturelle… Que ce lieu est propre ! Nous croisons aussi Hortense, économe de l’Association, qui est souffrante et y est hospitalisée.
Avec l’autorisation de Maman Rita, je m’isole avec Mabelle à qui je donne la belle robe confiée par Jeanne ainsi que les photos. Puis Mabelle et moi, faisons un watsap vidéo avec sa marraine, ma fille Jeanne. Ensuite je confie Mabelle à Maman Rita pour la consultation.

Mabelle au Centre Médical Maguy. (photo J. D.)

Mabelle au Centre Médical Maguy. (photo J. D.)

Le Centre Maguy, inauguré depuis peu, comporte aussi une petite maternité. Mais il n’entre pas en compétition avec le CHR de Dapaong car il existe une complémentarité entre ces deux établissements médicaux.
Richard faisant quelques consultations avec le docteur du centre, Babeth me fait visiter les lieux. Nous croisons Hubert, 25 ans, l’un des bras droits  de VIE. Puis nous découvrons des enfants qui, sous la responsabilité d’une jeune fille (venue en France avec la tournée Soli’coeur) cueillent des haricots sous le soleil. D’autres adolescents font, plus loin, le

battage du soja. Tout ceci apprend le sens du travail….

Le centre de Santé Maguy est désormais en pleine activité. (Ici photo de l'inauguration en 2017 par S. Garcia).

Le centre de Santé Maguy est désormais en pleine activité. (Ici photo de l’inauguration en 2017 par S. Garcia).

Ensuite, nous découvrons d’autres installations du centre qui a encore du terrain pour se développer…. Et pour cela, nous pouvons faire confiance à soeur Marie Stella qui doit avoir beaucoup de projets.
Heureusement, de plus en plus de personnes s’investissent pour récupérer des fonds pour les enfants et les adultes. Aussi, l’association fait vivre beaucoup de gens de la ville qui trouvent ainsi des emplois induits. Bravo à toute cette chaîne de solidarité sous le regard de Notre Père!

L’hôpital pédiatrique Yendube géré par les soeurs Hospitalières
Puis nous nous rendons à l’hôpital pédiatrique Yendube tenu par les soeurs hospitalières, la congrégation de soeur Marie Stella. Là, Richard avec Babeth me font découvrir le service de néonatalité et tous les autres services médicaux.

Nous découvrons leur station de production de spiruline, une algue pour les enfants en dénutrition. Nous apercevons le groupe électrogène qui a été financé notamment par le Rotary de Cambrai.

Soeur Geneviève, entourée des jeunes filles vivant à la Fraternité. (photo J. D.)

Soeur Geneviève, entourée des jeunes filles vivant à la Fraternité. (photo J. D.)

En face, se trouve la maison des soeurs Hospitalières. Et là, nous faisons la connaissance de soeur Geneviève qui est une vraie « chti ». Elle a plus de 75 ans, est en retraite, mais ne veut pas quitter Dapaong car, après environ 50 ans de présence, elle s y sent très bien. Elle a longtemps été la directrice de l’hôpital Yendube et aide désormais soeur Marie Angèle qui lui a succédé.
De l’autre côté de la grande route, nous faisons étape à la Maison Saint-Augustin qui est le pendant de Sainte-Monique mais pour les garçons. Nous traversons des échoppes de volailles, légumes, fruits… Mais aussi des ateliers de réparation de vélo ou mobylette ainsi que de couture ou des salons de coiffure… A Ensemble pour la Vie (EPV), le centre administratif de Vivre dans l’Espérance, nous rencontrons Cathy qui est la responsable de la boutique d’artisanat et des parrainages.

Le soir, notre premier tour d’horizon se termine à la Fraternité, une maison qui accueille des jeunes filles en discernement. Nous y retrouvons soeur Marie Stella, soeur Geneviève, Maman Rita, Marie Louise, les pédiatres… pour un repas convivial (salade, tomates, haricots, puis poulet et riz gras, avec de la bière et du vin…. et de la papaye pour terminer) tout ceci animé de chansons.

Messe dominicale, à la paroisse du quartier

Dimanche 18 novembre. Le groupe des pédiatres nous quitte direction Ouagadougou

La messe à Sainte-Monique (Photo J. D.)

La messe à Sainte-Monique (Photo J. D.)

pour leur retour en France. De notre côté, nous nous faisons beaux pour aller à la messe. Mabelle et son amie Jeannette nous retrouvent à la Maison Saint-Jean vers 8h 30.  Nous serons plus de 1000 personnes à assister aux Prémices ( première messe de Luc, l’un des trois prêtres ordonné la semaine précédente dans le diocèse). Animée par cinq prêtres avec deux chorales, la messe a duré plus de 2h30, car les textes étaient lus en français mais aussi en langue locale, moba.

Mais nous n avons pas vu le temps passer car elle est vivante grâce aux chants accompagnés de danses. Pour l’offrande nous nous déplaçons dans le coeur pour déposer notre obole dans les troncs sans oublier le geste de la Paix. Que les dames, les messieurs, les enfants sont magnifiques dans leurs beaux habits de toutes les couleurs africaines!

Après la messe, il faut récupérer le carnet de présence de Mabelle qui atteste dans son cheminement vers la première communion. Et nous allons reconduire les fillettes à la Maison Sainte-Monique. Sur le retour, nous croisons notre voisin François qui est un technicien agricole : il est fier de nous montrer ses récoltes.

Le soir, nous partons vers la Fraternité où nous avons le chapelet avec les enfants : un grand moment de recueillement et de calme. Et dans la foulée, nous assistons à la messe d anniversaire de soeur Geneviève et du Père Benoît (qui fêtait son premier anniversaire d’ordination). Encore beaucoup de chants et de danses. Mais si vous faites le compte, nous avons assisté à plus de 4h d offices religieux… sur la journée de dimanche.

Enfin, avant de rentrer dormir, je raccompagne Maman Rita vers la maison Sainte-Monique pour l’aider dans la distribution des médicaments aux enfants.

Jean Delannoy
A suivre…

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Une réponse à Le journal de Jean (I), en visite à Vivre dans l’Espérance

  1. PERRIN MICHEL MARIE dit :

    TOUTE MA FRATERNELLE COMPREHENSION

    TOUS MES VIFS ENCOURAGEMENTS

    A LA FIN MON COEUR IMMACULE TRIOMPHERA

    LA VIERGE MARIE TRES SAINTE CONDUIRA NOTRE MERE L’EGLISE ALLELULIA!