Le journal de Jean (II) : à la découverte des activités de VIE

Jean Delannoy, témoin de l'incroyable vigueur de l'association de Soeur Marie Stella. (Photo D. R.)

Jean Delannoy, témoin de l’incroyable vigueur de l’association de Soeur Marie Stella. (Photo D. R.)

Jean Delannoy, 63 ans, tout jeune retraité du Nord, nous raconte comment, à l’automne 2018, il a décidé de sauter le pas et de découvrir par lui-même l’association Vivre dans l’Espérance (VIE) dont sa fille lui parlait tant.
Voici la seconde partie de son formidable journal (lire la partie I), rédigé sous forme d’emails envoyés à sa famille.

Une belle introduction pour ceux qui ne connaissent pas encore l’association de soeur Marie Stella, ou pour ceux qui veulent des nouvelles de nos amis de Dapaong.Premiers jours à Dapaong, à la découverte des structures et projets de Vivre dans l’Espérance

Ensemble pour la Vie (EPV) : coeur névralgique
de Vivre dans l’Espérance
Lundi : réveil vers 6h15. Déjeuner avec Richard, qui m’apporte tous les jours le café… et Babeth. Sur nos trajets a pied, le matin, nous avons le droit à un « bonjour », et après notre retour, à un « bonne arrivée »; puis : « bonne journée » et enfin, en début d’après-midi : « bonsoir ».

Patrick le comptable, à gauche, entouré de Soeur Marie Stella, de Cathy et de François. (Photo J. D.)

Patrick le comptable, à gauche, entouré de Soeur Marie Stella, de Cathy et de François. (Photo J. D.)

Vers 8h, début des activités à Ensemble pour la Vie (EPV), le centre administratif de VIE qui abrite aussi de nombreuses activités de l’association.

Je vais saluer Patrick (le comptable) Brigitte (la responsable de la bibliothèque) Abdoulaye (le responsable administratif) Cathy (la responsable des parrainages) Marie Louise, François, Marie Reine, Joseph (le responsable informatique) avec Jean (responsable de la communication et des projets, qui a été papa jeudi d’un petit Clément)  et encore tant d’autres amis..

Ma première mission sera mon implication dans le dossier des parrainages. Je travaille avec Marie Reine (qui est la fille de Maman Rita). Richard, étant médecin en retraite

Joseph, responsable informatique et Marie Reine, la fille de Maman Rita, travaillent désormais pour l'association. (Photo J. D.)

Joseph, responsable informatique et Marie Reine, la fille de Maman Rita, travaillent désormais pour l’association. (Photo J. D.)

s’implique au centre de soins Maguy avec l’équipe médicale. Babeth aide Brigitte à la bibliothèque, à la création d’un fichier de suivi des livres.

Le soir, nous nous rendons à la maison Sainte-Monique où nous vivons le chapelet avec les enfants : à notre arrivée les enfants se jettent dans nos bras, nous appellent par nos prénoms, nous tiennent par la main. Ma montre connectée les intrigue beaucoup et ils tapent chacun leur tour dessus. Mabelle ne me lâche pas.

Puis, j’aide à la rituelle distribution des médicaments aux enfants avec Maman Rita pour essayer de la soulager un peu. Vers 19h, nous rentrons à la maison Saint-Jean pour notre dîner. Vers 20h30, je rentre dans ma chambre : lessive et lecture avant de m’endormir. Cela sera mon rythme quotidien. Mais chaque journée apportera son lot d’événements différents.

Visite de la ferme
Lundi matin : Rencontre avec Soeur Marie Stella et de Marcel (appelé « Tonton » Marcel par les enfants), son directeur adjoint, qui me demande de donner un coup de main à la clarification du dossier des parrainages, mais aussi d’apporter mon regard sur les visites à domicile et les groupes de paroles. Mais mes deux interlocuteurs sont très vite happés par d’autres personnes ou sujets à régler.

L’après midi, je vais découvrir la ferme avec Mathieu, notre chauffeur, Abdoulaye et

Un des derniers projets de l'association : développer un élevage de poissons. (Photo D.R.)

Un des derniers projets de l’association : développer un élevage de poissons. (Photo D.R.)

Victor, étudiant à l’Ecole d’ingénieurs agricoles de Beauvais, qui séjourne pour une césure de six mois au Togo, en partageant son temps entre deux associations dont Vivre dans l’Espérance.
Nous sommes accueillis par Sylvestre,le technicien agricole responsable. Il nous fait visiter cette exploitation qui fournit des aliments pour l’Association, tant légumes que viande ou poisson.
Tout d’abord nous découvrons les bassins de pisciculture, la production de poissons produits à partir d’alevins. Sylvestre assure la nourriture des poissons et leur reproduction, mais aussi le suivi de la qualité des eaux et du niveau des bassins car certains ne sont pas étanches.

Dans une autre partie, sont produits des légumes : oignons et tomates en période sèche et riz ou maïs en période humide. Puis nous nous dirigeons vers la seconde zone d’une

Champ d'oignons à la ferme. (Photo D.R.)

Champ d’oignons à la ferme. (Photo D.R.)

surface légèrement inférieure à 5 hectares. Tout d abord, un poulailler abrite une soixantaine de poules dont les fientes sont récupérées comme compost. Les poussins sont nourris naturellement. Nous croisons un âne, des brebis et des chèvres ainsi que des porcs en liberté dans une pâture.
Dans la porcherie, une trentaine de truies et verrats dont certains issus de sélection et bien sûr des porcelets, s’agitent dans des boxes. Le soja et le maïs sont séchés sur le bois. La terre est amendée avec le compost des animaux. Trois vaches sont utilisées pour la traction de la charrue.

Enfin dans un coin de l’enceinte, nous découvrons une nouvelle installation de production

de spiruline qui devrait prochainement démarrer après le recrutement d un technicien.

Travail sur les parrainages
Mardi 20, Rencontre des membres d’EPV. Je lis la fin du rapport d’activités.
Vers 10h, je rencontre Cathy pour la sélection du tissu qui servira à la réalisation d’une robe pour mon épouse Marie-Paule. Cathy me propose plusieurs motifs de tissus que j’envoie par wats’ap à Marie-Paule qui m’exprime par retour son choix (merci internet !). Je retrouve Marie Reine avec qui je vais travailler sur les parrainages : il faut rapprocher, à partir de plusieurs fichiers, les filleuls de leurs parrains. Ceci n est pas toujours facile car certains enfants sont enregistrés parfois avec leur prénom togolais, parfois français.
De retour à la maison Saint-Jean, nous croisons François, assistant médical qui a accompagné Richard lors de visites de malades sur le terrain.

Visite à la prison de Dapaong
Mercredi 21, après avoir chargé dans sa voiture des médicaments et du matériel médical ramené par Richard, soeur Marie Stella nous véhicule à la prison de Dapaong où nous répondons à l invitation du P. Jean-Michel. Après avoir salué le directeur Edmond, nous visitons la cantine puis l’infirmerie de l’établissement. Il y a environ 300 prisonniers dont cinq femmes.

Nous allons assister à la messe avec le P. Jean-Michel. Pour l animation, il y aura Franck, un prisonnier, deux tam-tam et Antoinette pour les chants. Une quarantaine de personnes (dont quatre femmes) assistent à l office qui durera 2h environ. A la fin, nous échangeons avec quelques prisonniers. Puis nous nous dirigeons vers un autre quartier regroupant une

Soeur Marie Stella admire Clément, le nouveau-né. (Photo D. R.)

Soeur Marie Stella admire Clément, le nouveau-né. (Photo D. R.)

quarantaine de détenus, où nous dirons quelques prières avec une vingtaine de prisonniers. Vers 13h, nous quittons l’établissement après avoir vécu des moments très très forts et inoubliables.

Soeur Marie Stella, « grand-mère » une fois de plus !
Jeudi 22 novembre, avec soeur Marie Stella, nous allons faire la connaissance de Clément, le fils de Jean, à la maternité du Centre Maguy : ce bambin est né dans la nuit et la religieuse est radieuse de pouvoir prendre ce bébé dans ses bras et d’être une nouvelle fois « grand-mère ». Car Jean fait partie de ses premiers « fils »… recueilli au plus fort de l’épidémie de sida.

Des groupes de paroles très intenses
Vers 10h, nous rejoignons une tonnelle située au milieu du Centre Maguy pour assister à un groupe de paroles. Une trentaine de personnes volontaires (femmes ou hommes, chrétiens, mais aussi musulmans) participent à cet échange hebdomadaire.
Il est animé par François et Alphonse qui sont très pédagogues afin de faciliter l’expression de chacun des participants. La plupart des personnes présentes ont marché plus de 10 kms sous le soleil, à pied, pour venir assister à ces groupes de paroles.
L’objectif est de les faire s’exprimer sur les difficultés rencontrées. Puis, est évoquée l’organisation de la Journée Mondiale contre le sida qui aura lieu le samedi 1er décembre au Centre médical de Korbongou, région rurale où il y a davantage de stigmatisation, située à une quinzaine de kilomètres de Dapaong.

Le trajet sera effectué par un bus de l’Association à partir de l’hôpital Yendube . Le programme de cette journée est constitué d’une messe, suivi d’une intervention par un homme de loi sur les peines encourues en cas de stigmatisation, puis une émission radiophonique et enfin le partage d’un repas en commun.
L’objectif est de mettre en valeur le droit de vivre malgré le VIH. En fin de matinée, soeur Marie Stella nous rejoint. Elle raconte ses deux mois d absence avec la tournée Soli’choeur en septembre puis le Forum de la Paix à Paris.

Soeur Marie Stella est interpellée par le regard de certaines femmes qui souffrent de dénutrition. Amaigries, elles ont des difficultés à assimiler les traitements. Dans un passé récent, des kits alimentaires étaient distribués aux personnes qui venaient assister à ces groupes de paroles. Mais les organismes ont supprimé leur versement financier pour de telles actions en prétextant la crise économique. Et il n a plus été possible de nourrir les participants. Soeur Marie Stella s’est engagée à faire un effort pour la réalisation d’un repas, à partir de janvier, en impliquant les personnes présentes.

La dure réalité des visites à domicile
Vendredi, autre temps fort avec les visites à domicile. Accompagné par Alphonse, nous

Visite à Espérance. (Photo D. R.)

Visite à Espérance. (Photo D. R.)

allons, avec soeur Marie Stella et Babeth, rendre visite aux malades qui sont atteints par le sida, pour constater, chez eux, les difficultés éventuellement rencontrées.
Tout d abord nous allons rendre visite à Espérance que nous avions rencontrée la veille au groupe de parole : Espérance nous accueille avec un sourire.

Soeur Marie Stella constate qu’elle a besoin d’une transfusion sanguine mais n’a pas d’argent pour la prise en charge du trajet et de la poche de sang. Après quelques échanges et coups de téléphone, elle réussit à organiser la transfusion qui sera réalisée avant la fin de semaine.

Puis nous nous dirigeons vers la maison d’Apolline, également présente la veille, qui vit avec sa maman, Monique, et sa soeur, Rose, toutes les trois atteintes par la maladie. Au travers des échanges, soeur Marie Stella comprend qu’Apolline a des difficultés à trouver de l’argent pour régler les cinq mois d’arriérés de loyer de sa maison, d’un montant de 5000Frs CFA soit 25000 Frs CFA, c’est à dire 40€. Or le « maisonnier » va venir réclamer son dû et faute de paiement, elles risquent d’être expulsées. Soeur Marie Stella fait une avance ce qui permettra de faire patienter le propriétaire.

Nous visitons ensuite Sonou que nous retrouvons allongé sur un tapis sous un manguier. Il a 35 ans et cinq enfants dont des jumeaux, Paul et Pierre. Il a déjà perdu sa première épouse. Il arrive au troisième stade de la maladie avec peu d’espoir de survie. Sa seconde épouse Arzouma, est partie travailler dans les champs toute la journée.

Je comprends qu il ne prend pas son traitement régulièrement. Alors je lui demande s’il encourage ses enfants à bien travailler à l école et il me répond que bien sûr. Or je lui demande s’il est crédible en ne prenant pas son traitement régulièrement. Il me confie qu il va faire des efforts. Nous scellons un pacte entre nous deux, en tapant dans nos deux mains.

Le petit Jacques, dans les bras de sa grand-mère. (Photo J. D.)

Le petit Jacques, dans les bras de sa grand-mère. (Photo J. D.)

Puis nous retrouvons, dans un autre village, Jacques qui est né le 1er septembre 2018, et dont la maman connait des difficultés mentales. A deux, ils vivent chez la grande-mère qui a perdu son fils. En voyant arriver soeur Marie Stella, elle pleure de soulagement : en effet son petit-fils, dernière trace de son fils défunt, avait depuis deux jours la diarrhée et elle craignait de le perdre, faute d’argent pour la prise en charge du trajet et des soins. Soeur Marie Stella décide d’emmener Jacques avec sa maman et sa grand-mère au centre médical de Korbongou. Là, Jacques est confié à une infirmière pour une auscultation avec diagnostic et soins intensifs.

Soeur Catherine, qui est la directrice du Centre de Korbongou, en profite de la présence de Soeur Marie Stella pour évoquer d autres situations difficiles. Ainsi, un papa est effondré et pleure car son épouse est partie en lui laissant la charge du bambin. Plus loin, nous découvrons une maman et sa fille âgée de trois ans, dénutrie et qui ne sourit pas : la maman refuse de manger des protéines et déséquilibre l’alimentation de sa fille.

Tout ceci nous permet de prendre conscience de la nécessité de ce travail de proximité afin de déceler et suivre ces situations délicates et douloureuses en prenant en charge certaines difficultés financières ou morales. En dehors de soeur Marie Stella, une équipe de communautaires réalise ce travail essentiel. Soeur Marie Stella insiste aussi sur notre rôle lors de ces visites à domicile car nous mettons en valeur nos interlocuteurs malades qui se sentent gratifiés de notre présence.

Une journée avec les enfants
Samedi 24, je prends la direction de la maison Sainte-Monique où je retrouve Mabelle qui fait sa lessive. Elle a déjà fait la vaisselle et balayé la cour à 8h ! Cela montre que chacun est acteur à son niveau de tâches ou de responsabilités dans la vie de la communauté. Nous nous dirigeons vers le centre Maguy qui est équipé d’une wifi. Cela nous permet, avec Mabelle, de faire une nouvelle vidéo par wats’ap avec Jeanne.

Je rentre seul à la Maison Saint-Jean où je retrouve Babeth et Richard pour le repas.

Mabelle en pleine lecture... (Photo J. D.)

Mabelle en pleine lecture… (Photo J. D.)

Vers 14h, arrivent Mabelle avec Sandrine, son amie. Je leur donne des livres et puis c est l’heure de la sieste quotidienne et je les installe dans ma chambre où elles vont dormir profondément. Vers 17h, je les réveille avec difficulté pour les ramener à la Sainte-Monique. Là, nous jouons avec les enfants : » je te tiens par la barbichette et le premier qui rira aura une tapette » et d’autres jeux…

Nous voyons aussi Maman Rita apprendre à la compagne de Jean, nouvelle maman, comment faire la toilette de Clément.

Dimanche entre messe et devoirs
Dimanche 25 novembre, nous assistons à la messe qui débute à 6h30 et toujours pour une durée de plus de 2h30. Elle est toujours aussi bien animée par une chorale très en voix et en gestes. L’homélie a duré plus de 30 minutes. Les enfants ayant déjà fait leur première communion assistent à cet office. Par contre les enfants n ayant pas encore fait leur première communion vont au catéchisme pour une durée de plus de 2h. Et ensuite ils vont à la messe pour une durée de plus d une heure. Soit au total plus 3h d’enseignement chrétien…. par semaine.
Mabelle et Sandrine nous retrouvent à la maison Saint-Jean. Puis viennent nous rejoindre Armelle et Karine, une amie. Étant en quatrième, elles ont des devoirs pendant le week-end. Richard fait réviser de l histoire à Karine et Babeth fait avec Armelle les devoirs de grammaire. En principe, je suis désigné pour faire avec Armelle et Karine des révisions de mathématiques avec le théorème de Pythagore après la sieste.
Nous partageons le repas avec les quatre filles

Et ainsi se termine ma première semaine à Dapaong.
Tous ces temps forts que j ai vécus, merveilleux élans de solidarité, m’ont fortement ébranlé. Ces rencontres en vérité avec les enfants et les malades, ces amis de Dieu qui vivent avec la Foi en notre Seigneur ce qui les aide et soutient…  Je ne pourrais pas rentrer en France comme je suis arrivé à Dapaong.

Et comme le dit le verset 25,40 de l’Evangile selon saint Mathieu, je prends conscience que :  » Ce que vous faites aux plus petits de mes frères, c est à moi que vous le faites « .  Cela prend encore plus d importance en cette période d’avant Noël, avec la venue dans une crèche d’un nouveau-né sous le nom de Jésus : Je ne vivrai pas de la même manière ce moment de festivités et de cadeaux.
Jean Delannoy
A suivre…

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